« Au Québec, le rap n’est pas intégré à la culture Mainstream » Loud en Interview

27/11/2018

De passage à Marseille pour une date à l'Affranchi, Loud a accepté de nous rencontrer et de répondre à nos questions.
Le phénomène Québecquois s'est prêté au jeu de l'entrevue pour notre plus grand plaisir !

 

 

La Stud : Salut Loud tu vas bien ?


Loud : Ouais tout va bien  !

 

 

La Stud : 2018, c’est l’année de ta première venue en France. Comment tu voyais la France depuis l’autre côté de l’Océan ?

 

Loud : Écoute je dois avouer que j’imaginais plus Paris que la France de manière générale parce que je l’ai connu à travers les vidéoclips, les films etc…
Pour Marseille c’est un peu la même chose, l’image est forte. Pour le reste je découvre, c’est la première fois que je viens !

 

 

La Stud : En fait, j’ai vu ton interview pour “C à vous”, tu utilises carrément le mot “El Dorado”. La France est une grande étape pour toi ?


Loud :  Ouais c’est énorme ! Le Rap Québecquois fonctionne bien en ce moment, on est quand même choyé ici. On peut pas se plaindre de l’Industrie qu’on a au Québec mais on est que 7-8 millions. Pour une scène rap on n’est pas beaucoup de fan. C’est facile de plafonner rapidement.
Pour nous les États-Unis ce n’est pas forcément dans notre mire car on est francophones quand même. La France ou la francophonie du coup, c’est la vraie scène. C’est là qu’on peut faire les vrais scores et les vraies tournées. Au Québec, on tourne mais on a vite fait le tour.
Alors les rappeurs Québecquois ont toujours voulu venir en Europe et c’est les premières années où ça devient possible.

 

 

La Stud : Au fait, comment le rap est vu au Québec ?


Loud : De mieux en mieux. Il y a toujours du chemin à faire je pense. Il n’est pas nécessairement intégré dans la culture Mainstream et ne va pas passer dans les radios commerciales. Maintenant, les rappeurs sont invités sur les plateaux télés, couverts par les journaux. Tranquillement, on prend notre place.
Cela reste de manière très conservatrice encore, ils ne s’intéressent pas à tout ce qui est plus cru, plus dur ou street. C’est graduel.

 

 

La Stud : L’accueil ça se passe comment ici? J’imagine que le public ça va, mais avec les médias et tout, c’est aussi cool ?


Loud : Oui oui, tout est bien : je n’ai fais que de bonnes entrevues. Ce qui est intéressant ici c’est que vu que la population est plus grande, il existe des médias spécialisés. Au lieu de parler qu’à des médias généralistes comme je vais le faire au Québec, ici je peux faire de longues entrevues avec des médias qui sont des experts. C’est une vraie plus-value.

 

 

La Stud : Ton album s’appelle “Une année record”, tu parlais de 2017 ou tu voyais déjà 2018 en l’appelant comme ça ?


Loud : C’était plutôt par rapport à celle qui s’en venait(ndlr : l’année à venir) . Cela peut-être vu dans les deux sens. Je suis conscient que ça peut paraître comme raconter l’année de création. Il y a aussi pleins de trucs qui se voulaient prémonitoires et axés vers le futur.
Les deux sont valables. On peut le voir de l’angle qu’on veut.

 

 

La Stud :  Chez toi, on entend et on remarque l’influence du groupe IAM. “Devenir immortel (et puis mourir)” commence par de belles références. Medhi Maizi en a remarqué une belle dans “56K”. Tu es un grand fan du groupe ?


Loud : J’ai été un grand fan oui, ça a joué sur ma formation. Fin des années 90’s, IAM, la FF c’était très fort à Montréal. Si je fais ces références là c’est par nostalgie. “L’école du micro d’argent” c’est un album incroyable. J’ai suivi après un peu avec “Revoir un printemps” tout ça mais j’ai perdu le fil rapidement. Cet album est pour moi comme un “Illmatic” francophone ou un “Blue Print”. Des albums comme ça en France il doit y en avoir une dizaine, des “Temps Mort” des trucs comme ça.

 

 

La Stud :  Tu te souviens comment tu as découvert le groupe ?

 

Loud : Au Québec on avait une chaine qui s’appellait “Music +” qui passait des vidéoclips en continu. “Petit frère”, “Né sous la même étoile”, “La Saga” ils les ont joué pendant 10 ans très souvent. Pour la FF c’était un peu la même chose, mais un peu moins gros. J’avais peut-être 10 ans quand j’ai découvert ça.

 

 

La Stud : Dans tes titres de morceaux tu cultives souvent le paradoxe. D’où te vient cette inspiration ?


Loud : Je ne sais pas. J’ai toujours eu comme une fascination pour ces jeux de mots là. Les oppositions, les paradoxes. Ces choses qui ne sont pas censées avoir de sens mais qui en prennent une fois formulées d’une certaine manière. C’est presque obsessionnel. Je ne sais pas pourquoi mais ça m’a toujours intéressé.

 

 

La Stud : D’ailleurs, est-ce qu'il y a un gros décalage entre le rappeur que tu es et l’Homme que tu es au quotidien ?


Loud : Pas tellement. A certains degrés oui, ça reste de la musique. Il y a un niveau d’interprétation, de divertissement ou de drames. Il faut que tout soit intense. Ma vie personnelle n’est pas toujours comme ça.
D’un autre côté, j’ai le même timbre, c’est la manière que j’utilise pour m’exprimer tout le temps. Ce n’est pas un alter égo avec lequel je me permets de dire des choses que je n’exprimerai pas dans la vraie vie. Cela reste fidèle à moi.

 

 

La Stud : Dans ta musique tu utilises pas mal la chanson, pour les refrains notamment. C’est quelque chose que tu cultives depuis longtemps ?


Loud :  Je l’utilise de plus en plus. J’aime ça depuis toujours en fait. Je n’écoute pas que du rap. Cela vient de mes influences. C’est récent que je me permette d’utiliser ça. C’est du travail de maitriser ça. Ce n’est pas ma formation, ce n’est pas de là que je viens. C’est beaucoup plus naturel pour moi de rapper. Tranquillement, j’apprends à écrire des mélodies tout ça. J’ajoute un peu de musicalité et je pense que ça amène un autre niveau à l’album.

 

 

La Stud : Tu parles de beaucoup de choses dans tes chansons. Tu abordes pas mal de thèmes. Tu serai capable de résumer ton message, ce que Loud dit dans ses chansons ?


Loud : Non je sais pas ahah. Je pense pas que je puisse le résumer. Je pense pas qu’il y est de message précis. C’est la trame de ma pensée. J’écris à mesure que ça vient.

Je n’ai pas non plus le recul de pouvoir analyser les thèmes forts qui en ressortent je pense. Pour moi, ces textes je les ai fais,donc  je les comprends comme ils sont et je n’ai pas les outils ni le besoin de les analyser. Je ne sais si j’ai d’intérêt à décortiquer mon travail et le rationnel. Cela reste spontané.