[INTERVIEW] « RIAM, Festival for animated art and music »

10/10/2018

C'est au sein de la Galerie Art-Cade que nous sommes allés à la rencontre de Philippe et de Lucas. Nous avons eu la chance d'échanger sur leur conception du festival et de leur travail pour apporter une réelle différence musicale, visuelle et artistique à notre belle cité phocéenne.

 

Bonjour Philippe, bonjour Lucas, est ce que vous pouvez vous présenter pour montrer aux lecteurs qui se trouve derrière le RIAM festival ?

 

Philippe : Alors moi j’ai un CAP-BEP en menuiserie, j’ai fait les Beaux-Arts, une école de cinéma à Paris. Je suis à Marseille depuis 1996. Le festival a été monté en 2004 avec une autre structure et du coup d’autres personnes. C’est la 15ème édition du RIAM cette année.

 

Lucas : J’ai fait une fac info-com à Bordeaux, je me suis ensuite spécialisé dans le journalisme où j’ai bifurqué sur un master pour organiser des événements liés à la musique. Ca m’a permis d’intégrer en 2016 l’association Techné et le RIAM festival. Grâce à ça j’ai eu l’occasion de m’occuper pendant deux ans d’un catalogue d’artistes en tant que bookeur.

 

Pour vous, quelle est la réelle différence entre le RIAM et les autres festivals ? Qu’est ce qui vous a poussé à l’organiser ?

 

Philippe : On n’est pas seulement un festival de musique, on fait aussi des expositions, des conférences, de l’édition, de la performance. Le sous-titre du festival est “Festival for animated art and music”. On mélange vraiment le jour et la nuit. On mélange des gens qui s’intéressent à la fois au spectacle vivant, à l’art contemporain, au street art mais en même temps au clubbing. C’est assez éclaté.

 

Lucas : C’est un festival différent des autres dans le sens où il se déroule sur plusieurs semaines, cette année c’est deux semaines mais on a déjà eu des éditions sur trois semaines. Nous voulons vraiment faire de ce festival des temps artistiques dans la semaine tout au long du mois d’octobre. Ce sont des temps d’exposition, de concerts, de performances…

 

Quel a été, pour vous, le premier artiste auquel vous avez pensé pour monter cette quinzième édition ?

 

Philippe : JASSS et Vladimir Ivkovic direct. C’était pour moi les premiers sur la liste.

Lucas : Giant Swan je les ai vus à Berlin en février et je me suis dit qu’il fallait les faire venir à Marseille, c’était sûr. JASSS et Vladimir Ivkovic c’était les noms qui faisaient parti des têtes d’affiche, qui allaient faire vraiment le festival.

 

Philippe : On a du faire vite car il y avait aussi le Laboratoire des Possibles qui était intéressé par JASSS et Vladimir Ivkovic, c’est pour ça qu’on fait cette soirée au Cabaret Aléatoire avec un nom en plus qu’ils ont proposé eux, The Hacker qui présente Amato. C’est tout naturellement que cette collaboration s’est faite après tout.

 

shape-nu-logo

 

 

Qu’est ce que ça vous apporte d’être membre d’un regroupement de festivals comme SHAPE ?

 

Philippe : C’est une aide financière déjà, nous recevons grâce à ce programme des subventions européennes. Sinon, artistiquement parlant, c’est une vraie découverte. On est amenés à voir des artistes qu’on n’a pas forcément ici en France ou ici à Marseille. La proposition des artistes SHAPE est très intéressante, ça nous ouvre beaucoup à d’esthétiques diverses. C’est une force parce qu’on a l’impression de connaître, voire trop connaître cette offre artistique qu’on nous propose depuis quelques années.

 

Lucas : Et puis il y a l’idée du réseau également. Avec SHAPE on s’ouvre également à la vision d’autres pays européens. Ces 16 festivals qui font partie du réseau se côtoient dans l’année et échangent entre eux. On fait le point sur ce qu’il faut améliorer, ce qu’on peut proposer de nouveau, toujours essayer d’arranger la programmation artistique… On a la chance de pouvoir voir comment ça se passe au sein des autres festivals, pour aussi proposer notre propre formule avec les forces inspirées ou non des autres.

 

Est ce qu’il y a un festival en particulier qui vous inspire plus que les autres ?

 

Philippe : Le Club Transmediale à Berlin. C’est aussi une jonction entre arts visuels d’exposition et le clubbing pur et simple.

 

Lucas : Il y a aussi l’Unsound en Pologne, qui lui fait venir autant des pointures de musique électronique mais également des artistes émergents tout aussi talentueux polonais ou étrangers.

 

Est ce que vous avez une ligne artistique bien rodée ou chaque année vous cherchez à la faire évoluer, changer ?

 

Philippe : On essaye chaque année d’évoluer et éviter de faire la même chose. On ne veut pas tomber dans la facilité. Même si l’on peut trouver de temps à autres une constance qui se fait depuis trois/quatre ans, on peut se permettre de se planter sur une soirée où l’on a essayé de faire quelque chose de complètement nouveau. Nous sommes subventionnés, il y a aussi dans cette logique là une certaine possibilité d’innovation car même si une soirée marche moins bien, nous apprenons de celle-ci. C’est notre différence majeure avec les festivals privés qui vont favoriser les grosses têtes d’affiche pour faire un maximum d’entrées.

 

On lisait il y a pas longtemps dans Libération que la formule du “festival” était un peu obsolète dans le sens où tout commençait à se ressembler, qu’il n’y avait plus d’identité locale, est ce que vous êtes d’accords avec ça ?

 

Philippe : Tout à fait, il y a très peu de festivals originaux, les grands festivals font exactement le même format, trois jours, trois scènes, les mêmes artistes qui suivent le même parcours géographique. Se balader en France pour découvrir des festivals qui au final font la même chose qu’ici ça n’a plus d’intérêt. Heureusement aujourd’hui la mobilité est facilitée en Europe, les gens préfèrent aller en Pologne, en Belgique ou encore plus loin, pour aller voir d’autres artistes.

 

Lucas : Et puis il y a de moins en moins de festivals qui prennent des risques au niveau de la programmation, on voit des structures qui s’appuient essentiellement sur des artistes confirmés et c’est dommage. Par contre, aujourd’hui il y a de plus en plus de collectifs, d’associations, de personnes qui se bougent pour monter des festivals à taille humaine. Ils peuvent se permettre de prendre des risques car c’est un réseau de personnes qui se connaissent entre les organisateurs, le public et les artistes. Nous on marche avec Shape, c’est un réseau et ça nous laisse l’occasion de prendre des risques.

 

Est ce qu’il y a une date que vous attendez particulièrement pour cette édition ?

 

Lucas : Toutes [rires]

 

Philippe : La date du 26 octobre. C’est rare que l’on travaille avec le Poste à Galène. Le festival avait déjà travaillé avec cette salle il y a quelques années. On y retourne pour cette édition, on ne sait pas trop comment ça va se passer justement.

 

Lucas : C’est une grande salle de 300 personnes donc il y a la possibilité de faire complet, ou pas du tout. J’ai déjà assisté à des soirées là bas où la communication n’avait pas été très efficace et il n’y avait pas grand monde. On est à la fois excités et apeurés on va dire.

 

STUD QUESTIONS

 

Un label référence

 

Lucas : Le label L.I.E.S. de Ron Morelli qu’on a fait jouer au Meta

 

Philippe : Un seul c’est difficile, je vais en choisir deux : Planete Mu de Michael Paradinas avec un catalogue très varié et Hyperdub avec Burial ou Kode9

 

La collaboration la plus improbable

 

Lucas : Je verrais bien un truc entre Bernard Lavilliers et December qui explose dans le côté dark de la techno

 

Un film

 

Philippe : Le truc américain où c’est 3-4 filles qui partent faire des braquages… Springbreak !

 

Lucas : Plus tout ce qu’a fait Gaspar Noé perso. Irréversible pour choquer tout le monde

 

Un album

 

Philippe : Paul’s Boutique des Beastie Boys

 

Lucas : Le dernier album de Diiv, c’est un peu l’album de chevet

 

Une bière

 

Philippe : La Leffe

 

Lucas : La 7.2

 

La femme de vos rêves

 

Lucas : Moi ça a toujours été Monica Bellucci, mais je l’ai pas vue depuis longtemps

 

Philippe : Une italienne aussi, Monica Vitti

 

Un club

 

Lucas : J’ai beaucoup aimé le Ohm à Berlin. Je sais pas si on peut dire le Meta ou pas.

 

Philippe : Le Berghain toujours

 

Un chauve qui vous a marqué

 

Lucas : Tony Chapron

 

Philippe : Fabien Barthez alors pour rester dans le foot.