« je trouve que maintenant c’est devenu hyper business » The Hacker & Kiko en Interview

12/01/2016

Le 12 décembre Kiko invitait The Hacker au Baby Club pour un B2B des plus démoniaques.
A cette occasion, ils nous ont accordé une interview bien sympathique dans les locaux du club!

Pour des raisons de compréhension nous avons remplacé le nom de Kiko par un K, The Hacker par un H et La Stud par un S. 
Amusez-vous bien! 

 

S : Bonsoir messieurs 

H+K : Bonsoir La Stud!

 

 

S : Nous sommes face à deux grenoblois, tout a commencé à Grenoble quoi ?
H + K : Ouais

 

 

S : Tout est parti de là-bas ?

 

K : Tu veux qu’on te raconte ?

 

 

S : Oui, est ce que vous pensez qu’il y a eu une effervescence de la techno à Grenoble avant les autres villes ou pas ? C’était quand même assez tôt dans l’électronique.

 

H : Ouais, c’est vrai qu’évidement il y avait Paris, mais on parle du milieu des années 90, et c’est vrai qu’à cette époque-là il y avait Paris et il y avait nous quoi... Donc Grenoble, Lyon et Annecy, qu’on a un peu tendance à oublier, mais Annecy c’était plus pour l’organisation de soirées. Au niveau des artistes, c’est vrai que c’était un peu nous. Tu vois à Marseille par exemple, il y avait Jack (nds : Jack de Marseille), mais pas vraiment de scène, alors que nous on était plusieurs à faire de la musique. Donc ouais il y avait un truc.

 

 

S : Ok. Sur Wikipédia, c’est pour toi (The Hacker), on peut lire que Bomb The Bass, le groupe, t’a vraiment influencé

 

H : Ah bon ? (Rires)

S : C’est ce qu’on lit sur Wikipédia en tout cas (rires)

H : Oui on a aimé, fin le premier album mais c’est vieux ça, Bomb The Bass c’est 88-89, j’avais 16 ans, donc oui mais…

K : Ce n’est pas une influence

H : Ce n’est pas une influence énorme mais le premier album ouais j’ai bien aimé, faut le réécouter parce que ce qu’ils ont fait après c’est plus Trip-Hop. Le premier album était plus Acid, hyper House, c’était les débuts quoi. Mais c’est marrant, c’est la première fois qu’on me dit ça tiens.

S : C’est ce qu’on a lu, on l’a écouté cette après-midi on a senti un peu d’Acid.

H : L’album s’appelait comment déjà ? Enter The Dragon (nds : Into The Dragon) ou je sais plus quoi, je l’ai toujours.

 

S : Donc alors, on voit souvent The Hacker en B2B, avec The Driver par exemple, on voit Kiko composer avec Olivier Giacomotto, est-ce qu’on va vous voir sortir une track ensemble ?

H+K : On l’a déjà fait mais peut être que t’étais pas né (rires). On en a fait pleins ensemble.

H : Mais c’est vrai que ça fait un petit moment qu’on n'a rien fait tous les deux. On a fait plein de trucs tous les deux. D’ailleurs à la base, Phunky Data, le projet qu’a fait Kiko avec Olivier (Oxia), ça devait être Kiko et moi en fait et puis au dernier moment j’ai dû …

K : Il m’a fait un faux plan (rires), donc j’ai pris Oxia à la place.

H : Oui mais on a fait pleins de trucs ensemble, d’ailleurs j’ai réécouté récemment sur mes DAT, j’ai plein de morceaux en fait qu’on avait fait ensemble.

 

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S : Maintenant ça fait plus de vingt ans que vous êtes en activité, qu’est ce qui a changé pour vous dans la musique électronique ?

K : Tout

H : A quel niveau tu veux dire ?

S : Je ne sais pas il y en a qui parlent du public, il y en a qui parlent des artistes …

H : Moi le changement principal, je trouve que maintenant c’est devenu hyper business... Enfin pas business mais hyper marketing ou si, Business. Aujourd’hui un jeune il arrive, il sort un Maxi ou un morceau ou un Remix qui marche, tout de suite il a une agence de booking, un manager, une relation presse… Tu vois c’est tout de suite hyper business alors que nous c’était pas du tout ça, il n’y avait rien. C’est cet aspect-là de la musique et de la techno qu’a changé je trouve, mais c’est normal, c’est un truc qui génère, qui cartonne, donc ça génère de l’argent, il y a toute une économie autour qui s’est créée qui n’existait pas quand on a commencé quoi.

 

S : En fait tu anticipes un peu sur la question d’après, parce qu’on se disait qu’il y a un peu un effet de mode autour de la techno, les cachets qui montent très vite en fonction des Likes, des Followers, des nombres de vues sur les tracks… Est-ce que pour vous le succès de la techno peut-il lui nuire ?

H : Oui et non. Oui parce que forcément il y aura un contre-coup à un moment donné, c’est pareil. On est en 2015, il y a 5-6 ans de ça je me disais la techno était au top de sa popularité et là ça a encore plus explosé quoi. Alors que je ne m’y attendais pas du tout ! Et là c’est juste hallucinant mais vraiment, je pensais qu’on était arrivé au bout d’un truc et là c’est fou. Il y a eu en 2007-2008 je crois ce gros truc qu’on a appelé la French Touch 2.0, Ed Bangers, machin et tout, ce n’était pas de la techno mais plus de l’électro-n’importe-quoi avec le phénomène aussi de Concrète et tout. Je vois des jeunes de 20 ans aujourd’hui qui sont plus pointus que moi sur la techno des années 90 que moi j’ai vécu, ils avaient 3 ans et ils sont là et ils me parlent de Maxis de Robert Hood ou de Derrick May et je suis là en mode « Non mais attends mec t’avais 2 ans » (rires) J’y étais quoi…

 

 

S : C’est ce qu’on se disait nous, aujourd’hui il y a les groupes de Chineurs à Paris, quand tu mets une track en mode partage, les mecs vont direct te dire que ça on l’a déjà dit, on l’a déjà fait …

H : Non mais c’est des mecs qui écoutaient Breakbot il y a deux ans, je n’ai rien contre Breakbot mais tout d’un coup ils sont plus pointus que les puristes, que les mecs qui ont vécu cette époque-là, les années 90. Donc en même temps c’est bien parce qu’ils s’y intéressent vraiment mais moi je me demande dans quelle mesure ce n’est pas un phénomène de mode et peut être dans deux ans ils seront ailleurs quoi. Mais pour le moment c’est cool et je pense que ça va durer.

 

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S : Tous les deux, chacun dans vos carrières respectives, on vous voit en live un peu de partout, est-ce que vous avez des critères à donner aux gens qui nous écoutent sur ce qui est un bon live et comment reconnaître un bon live ?
H : Quand tu dis live tu parles de quoi ?

S : Un DJ Set, une performance …

K : C’est la sélection en fait, c’est la sélection des morceaux qui va faire la différence.

H : Oui la sélection, et puis ce qui fait un bon DJ c’est aussi s’adapter au public tout en restant fidèle à son style. Et pour moi aussi il faut toujours un peu bousculer les gens, quand je joue c’est toujours assez efficace, dans mon style, mais toujours je mets un ou deux morceaux qui vont peut-être pas aimer mais en rentrant ils vont y repenser et se dire « c’est quoi ce machin chelou qu’il a mis », tu vois ils vont s’en rappeler. Alors que si tu prends cette autoroute où on déroule de la tech house à la Shlohmo (rires), tu vois tous ces mecs qu’il y a maintenant, ils vont se dire « ouais c’était cool, c’était sympa » mais ils ne vont pas se poser la question de ce qu’ils ont vécu.

 

S : En ce moment dans le milieu Hip-Hop, il y a vraiment la Trap qui est en train de percer, est ce que dans le milieu de la musique électronique il y a un genre qu’est en train de s’élever, c’est la techno ou autre chose ?

H : Là la techno ça cartonne. Mais la techno, c’est ce qu’on disait sur la route en venant, ce qui cartonne maintenant c’est : tu prends Marcel Dettmann, Ben Klock, Nina Kraviz, Chris Liebing, c’est cool ce qu’ils jouent, Jeff Mills, mais après c’est toujours une histoire d’âge, vous vous avez la vingtaine, nous on a quarante ans. Ce qu’ils jouent ces mecs-là, moi je l’ai entendu il y a vingt ans déjà et c’est exactement la même chose qu’il y a vingt ans. Donc je suis là, on est là, genre ouais c’est cool, c’est de la bonne techno, mais il n’y a rien de nouveau. Jeff Mills il jouait ça il y a vingt ans. Tous les trucs comme Rødhåd, tous ces mecs qui cartonnent, c’est bien, mais moi je l’ai déjà entendu il y a vingt ans. C’est bizarre comme sensation parce qu’en même temps c’est cool et en même temps ce n’est pas exceptionnel. Garnier le disait, en ce moment la techno n’a jamais autant cartonné qu’aujourd’hui avec la nouvelle mode de revenir jouer au viny alors qu’à la base la techno c’est une musique vers l’avenir, le futur. Là c’est en train de devenir un truc un peu rétro, on refait ce qu’on faisait dans les années 90. Moi le trip Vinyl et tout on l’a fait, je joue avec des clés USB et je trouve ça trop bien. Peu importe si tu joues au vinyl, au CD ou avec des clés USB ce qui compte au final c’est la musique. Même dans la musique qui est jouée ça sonne trop années 90… En fait je n’ai pas aimé les années 90 musicalement, à part le tout début 92-93, les premiers sons techno qui étaient vraiment mortels, les premiers Jeff Mills, les premiers UR (Underground Resistance), après le milieu des années 90 si tu réfléchis c’était horrible, c’était de la drum and bass, du Trip-Hop, Fatboy Slim, c’était affreux, c’était de la m****.

 

S : T’en penses quoi par exemple du coup d’un artiste comme Gesaffelstein avec son site web, son retour attendu/inattendu, tout l’engouement qu’il y ait pu avoir...?

H : Il s’est exprimé sur la scène comme on disait 2.0, il est arrivé à un moment ou c’était que des trucs un peu « happy » et lui il est arrivé avec la même efficacité mais complètement dark, sans vocals, super dark et là t’as tous les gamis qui écoutaient Digitalism qui l’ont découvert et ils ont tous fait « waou ». Ils se prennent une tarte, c’est tout noir, ils se disent « putain ouais ». Il a eu l’intelligence de faire ça sur cette scène-là. Imaginons que Gesa aurait fait ça sur la scène techno entre Dave Clarke et Chris Liebing, ça n’aurait pas eu le même impacte. Ça veut pas dire que sa musique n’est pas bien, j’adore sa musique, c’est mon ami, c’est mon pote, je kiffe ce qu’il fait mais il est allé sur cette scène là et c’est ce qui fait qu’il soit sorti du lot.

 

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Les 10 questions de La STUD

S : Là on va commencer les questions Stud, à peu près 10 questions simples pour des réponses simples et concises. Vous nous sortez le premier truc qui vous passe par la tête.

H : On fait une chacun

S : Un artiste référence
K : Jeff Mills

S : La collaboration la plus improbable
H : Etienne Daho ! Mais en fait même pas j’aime bien, au début je voulais dire Mylène Farmer...

S : Un film
K : Las Vegas Parano

S : Un super-héros
H : Albator

S : Un album
K : Midnight Magic

 

S : Une bière
H : Je ne bois pas de bière

K (en direction d’une jeune femme) : Ta bière c’est quoi ?

Jeune femme : La Hoegaarden

 

S : La femme de tes rêves
K : Elle est là

Sam (patron du Baby Club) : C’est mignon mais ça fayotte un peu

 

S : Un club

Sam : Le Baby ma foi ! (rires)

H : Bien sur le Baby mais en dehors de ça, le Razzmatazz à Barcelone

 

S : Un chauve qui t’a marqué
K+H : Oxia (rires)

 

S : Une blague pour terminer
H+K : Je déteste les blagues

Sanji Nox : C’est l’histoire d’un escargot qui croise une limace et il lui dit « Oh elle est sympa ta décapotable. »

H : Rien ne peut plus me stresser qu’un mec qui passe et qui me dit « Tiens j’ai une blague », je me dis "oh géniaaal …"