« La forme évolue mais le fond reste » Bob Lunet en Interview

18/02/2019

Depuis quelques années, Bob Lunet tourne dans la région et propage son style sans concession. Alors qu'ils se sont fait remarquer pour leurs Apéros en centre-ville d'Avignon, les quatre rappeurs ont fait du chemin et présenté leur premier projet en Novembre dernier.

Dans la plus grand simplicité, nous nous sommes retrouvés dans un bar pour discuter du projet, de leurs envies mais aussi de leur avenir.

 

 

La Stud : Salut les gars, est-ce que vous allez bien ?

2Kous : Et ouais !

Julai : Touours !
La Stud : Vous avez sorti votre premier album "Tunel 808", contents des premiers retours ?

MC Odyssé : Oui, ça fait plaisir. On a eu de super retours de nos auditeurs, les gens qui nous suivaient déjà. Puis, on a eu de bons retours de gens qui ne nous suivaient pas encore mais qui ont aimé le projet. C'est notre premier projet alors que dans la conscience des gens on existe depuis longtemps. Cela fait trois quatre ans qu'on nous voit mais on est encore tous jeunes. On a posé la première pierre à l'édifice et on peut commencer à exister.

 

La Stud : Vous avez une cover qui semble représenter le mythe de la caverne de Platon mais pas que. Est-ce que vous pouvez m'expliquer ce choix ?

MC Odyssé : La cover est le fruit d'une envie. Nous voulions quelque chose de sombre et il y avait cette idée de tunnel. Du coup on s'est dit "On le fait dans le tunnnel". On a décidé de mettre en scène la lumière au bout du tunnel. On voulait exprimer le fait qu'on est tous perdu quelque part mais qu'on veut apporter de la lumière. Si tu regardes, on est tous à un endroit différent, pourtant on veut se retrouver. Si t'es dans une caverne et que t'entends crier tu vas vouloir retrouver l'auteur du cri et tant tu y arriveras jamais.

 

 

La Stud : Du coup, Caverne, Tunnel mais Platon ou pas Platon ?

2kous : Honnêtement, j'y avais jamais pensé mais finalement on est là.

Shoush : On a tous notre caverne, Platon l'a illustré à sa manière, nous aussi.

2Kous : Inconsciemment c'est peut-être une ref.

 

 

La Stud : Vous l'avez dit le projet est assez sombre, noir même. Pourquoi est-ce que vous tendez vers ça ?

Julai : C'est la réalité dans laquelle on l'a écrit. On veut faire de la musique qui parle et qui véhicule des choses. Quand on rentre dans le tunnel, l'entrée est sombre mais ce n'est que l'entrée. Qui sait ce qu'on peut trouver.

Mc Odyssé : Personnellement, les gens qui chantent le bonheur et le je m'en foutisme... Bof quoi. Je suis pas sur que tout le monde soit si bien, et que le monde soit sain. Ce projet là est le reflet de ce qu'on voit dans nos existences. On a tous au fond de la noirceur et des tortures internes. On voulait représenter nos questionnements et on l'a fait par la noirceur. L'album est noir mais il porte plus sur la remise en question que la tristesse.

 

La Stud : Dans "berceau", tu dis que tu vois dans le ciel de la couleur. C'est que ça va non ?

Mc Odyssée : Ouais ! C'est comme sur la pochette, il y a de la couleur. La couleur on la remarque parce qu'il y en a pas des masses. Dans un projet très lumineux on aurait dénoté une petite part d'ombre. Comme on dit "Dans le blanc il y a du noir et dans le noir il y a du blanc". Ce projet représente aussi l'idée d'aller chercher le bon quand ça va mal autour.

2Kous : C'était pour chacun la volonté de marquer une période. Notamment pour Ody qui a beaucoup bossé sur la direction artistique du projet et a fait les refrains. On voulait montrer une période. Peut-être qu'aujourd'hui ça a changé.
Pour lui, elle est vraiment vieille car c'est de l'époque où il a commencé à penser le projet.

Mc Odyssé : C'était il y a 2 ou 3 ans la genèse de l'écriture. L'idée de "Tunel 808" date de l'époque où on était encore en formation à deux avec le Shoush. J'avais déjà la genèse de ce projet.

 

 

La Stud : Quand on écrit des textes sombres comme vous savez le faire, on est dans quel état d'esprit ?

Julai : Pour ma part, tout dépend du morceau !

2Kous : Cela dépend du morceau mais aussi de l'intention qu'on veut y mettre. C'est de l'écriture brut sur ce projet. Il y a moins de réflexion que ce qu'on peut avoir par la suite.

Shoush : C'est aussi le moment où on a commencé à travailler ensemble. On a instauré une méthode de travail. On a écrit parfois chacun de notre côté. On a tout enregistré en une semaine avec Ody qui nous a proposé des thèmes, des refrains et plus généralement des lignes directrices.

Mc Odyssé : C'est les premiers morceaux qu'on a écrit ensemble. On avait pas 40 morcaux et on a choisi les 10 meilleurs. Dans la création du projet on a entammé ça comme une mixtape qui représente notre musique. Avec 10 morceaux et l'ampleur que ça avait pour nous on s'est dit "on va faire un album".

 

 

La Stud : De toutes façons, ça s'écoute comme un album et pas une compil'!

Mc Odyssé : Il y a un thème général déjà. J'ai écrit le début en déconnexion avec la réalité. Souvent c'est pas moi qui écrit vraiment. Je prends les prods je lâche des choses, j'envoie des émotions et ça se fait. Je préfère faire ça. On est pas dans une démarche où on dit "tiens maintenant on parle de ça". C'est un bébé ce projet, on y est allé à l'instinct.

2Kous : On voulait marquer une époque. Dans 5 ans on écoutera et on dira, tiens on était dans cet état là puis on a fait ça.

La Stud : Justement pour parler d'écriture vraiment, vous travaillez avec des jeunes, des collégiens. Comment ça se passe ?

Mc Odyssé : Super bien ! On intervient en collège et en MJC. En collège on a des groupes périscolaires. Donc c'est des ateliers volontaires, les jeunes viennent entre midi et deux pour suivre des cours d'écriture. Récemment, on est rentré avec des classes relais. Ces jeunes sont en décrochage scolaire et ont des cours adaptés. Là on intervient hebdomadairement dans une classe fermée.
Et il y a peu on a développé l'activité sur des centres pénitenciers à Salon-de-Provence et à Avignon. Pour nous c'est quelque chose qui nous tient à coeur au niveau du groupe. On a voulu faire passer cet esprit de réflexion et de remise en question. Du coup, c'est plus de l'éveil Hip-Hop tourné en cours d'écriture. On ramène un côté social. On fait un pont avec les jeunes, on a un côté éducateur, on est un peu des grands frères pour certains. Depuis la genèse du groupe personnellement j'ai envie de bosser avec des gens qui en ont besoin, des gens qui ont envie mais pas forcément les bagages pour. Ces bagages on peut leur donner. On peut les aider à éviter certains zig zag que tu rencontres quand tu veux te lancer dans la musique.

 

 

La Stud : Vous avez des bonnes surprises avec le niveau des jeunes.

Mc Odyssé : Ouais, mais t'es plus touché par le côté humain que par la musicalité. Comme tout le monde sait, la musicalité c'est du travail et du temps, des sacrifices. L'émotion qu'ils vont dégager et le rapport humain sont hyper importants.

2kous : Je pense que personne a fait du rap la première fois qu'il a écrit ou la première fois qu'il a posé. On les met en conditions mais la première fois que tu te dis je rappe, c'est différent. Biensûr qu'on est surpris mais sur le plan humain.

Mc Odyssé : Les parcours et les histoires ça touche rapidement. Puis, les jeunes ont une facilité à se livrer qu'on a pas chez l'adulte. Plus tard, on développe des complexes, des peurs. A cet âge là, on se livre tranquillement. En centre pénitencier tu prends des claques par l'endroit, les gens, leur parcours et ce qu'ils dégagent. L'énergie qu'elle soit positive ou négative nous retourne. Tendre la main aux jeunes et aux gens qui ont besoin d'aide nous permet d'évoluer.

2Kous : Depuis ça finalement il y a bien plus d'espoir dans nos morceaux. Tu vois pas la même chose en sortant d'une prison.

Shoush : On a donné notre premier cours d'écriture le 24 au soir et le deuxième le 26. On a fait ça avec la conviction de dire "On fait ça pour Noël" et essayer de faire passer le meilleur moment possible à ces gars là. Les jeunes qu'on suit en périscolaire, cela dure depuis un an et demi, on a un type de relation avec eux. Ils se livrent facilement.
Là on est arrivé en milieu carcéral où c'est une période difficile pour tous les détenus de France et les pays où l'on fête Noël plus généralement. C'était pas évident mais on a senti que c'était le moment.

 

 

La Stud : Pour revenir à votre musique, vous vous inscrivez dans un courant "Boom Bap", c'est assumé. Vous comptez continuer dans cette direction ?

Mc Odyssé : La forme évolue mais le fond reste le même : du Bob Lunet à 100%. Sur les flows, les instrus et les refrains on a nivellé la chose pour se diriger vers quelque chose de plus actuel. J'écoute du Boom Bap ça me plait mais parfois j'écoute des choses un peu plus chiadées avec un truc différent, une autre recherche. On ne peut pas non plus faire de la grosse trap avec nos textes.

2Kous : Cette différenciation Trap/Boom Bap n'est pas si radicale. Par exemple, Laylow qui vient de sortir produit des choses purement trap. Pourtant il intègre une idée de mal-être. Il y a ce côté vachement sur le questionnement et l'introspection. Pourtant les prods contiennent des notes de piano qui jouent sur la sensibilité.

Julai : En interne, il y a une évolution. Là c'était notre premier projet avec cette structure là. Le temps est passé, on a accumulé les scènes et les événements de la vie quotidienne ensemble. Du coup on a développé une inspiration qui nous est plus propre. C'est notre évolution, on grandit en groupe et c'est ce qu'on va tenter de présenter par la suite

MC Odyssé : Quand on a commencé ensemble, on a prit une direction qui était celle du Boom Bap donc c'est normal qu'on soit associé à ça. Aujourd'hui on veut pas faire du Boom Bap, de la trap ou du un tel. Aujourd'hui on veut faire du Bob Lunet. On veut avoir une identité propre ! Autant sur les instrus que sur les refrains, les flows ou les thèmes. C'est un peu plus "casse gueule" car il n'y a pas de référent dans le style de musique mais c'est plus simple à défendre donc on s'y retrouve.

 

 

La Stud : Il y a une question que beaucoup se posent à mon avis en écoutant ce projet c'est, qui est pour vous Denis Brogniart ? 

Shoush : C'est toi, c'est moi c'est nous !

Mc Odyssé : Un jour j'ai reçu un pack de prods. Elles avaient toutes un nom. Parmi elle, Denis Brogniart. Elle me plaisait mais je savais pas trop quoi écrire dessus, donc j'ai écrit sur Denis. Il a vite pris la forme d'un enfant un peu autiste qui veut comprendre ce qui lui arrive. Alors comme dit c'est nous tous parce qu'on est tous un peu ce gamin en décalage qui comprend pas comment le monde tourne, ses amis sa famille... Il garde la face devant tout le monde mais dans sa tête il a le singe qui tape dans les symballes d'Homer Simpson.

2kous : Denis Brogniart c'est aussi parce que quand j'ai vu ça, je me suis dis on peut pas écrire sur ça : tout le monde connait Denis Brogniart.

Shoush : Ben moi non !

2kous : Alors imagine pour le canadien (Julai). Donc j'étais le seul à me dire "non mais on peut pas".

MC Odyssé : C'est finalement le morceau sur lequel on a le plus de retour. D'une part sur le nom qui est chelou et d'autre part parce qu'on nous dit "non mais vous parlez pas du tout de lui quoi

 

 

C'est le moment des 10 questions spéciales. Vous devez répondre la première qui vous passe par la tête : sans réfléchir !

 

Un artiste :
Rat Luciano

Un Album :
L'école du micro d'argent

La collaboration la plus improbable :
Bob Lunet et Dinor

Un film :
The Big Lebowski

Une bière :
La chouffe

Un super-héros :
Julai : Capitaine America les gars pas le choix

La femme de vos rêves :
La Barmaid

Un club :
L'esclave ou plutôt l'OM d'après Nécim le manager

Un chauve qui vous a marqué :
Obispo
Barthez
Bruce Willis
Mon grand père

Une blague
Le point commun entre un enfant et une Ferrari ? Quand tu rentres dedans ça déchire !