« Les vieux sons c’est souvent très riche » Monomite en interview

03/01/2019

"Les gens ne le savent pas encore, mais Monomite c'est un génie" voilà ce que nous confiait Jazzy Bazz après son passage à Dour l'an passé. Alors quand l'occasion s'est présentée, nous n'avons pas hésité et nous sommes allés discuter avec lui. Une interview XXL avec un producteur, rap mais aussi House !

 

 

La Stud : Yo Monomite, tu vas bien ?

Monomite : Salut !

 

La Stud : Fraîchement arrivé à Marseille, en tournée avec Jazzy Bazz. T’es éloigné des studios en ce moment ?  

Monomite : En vrai non parce qu’on travaille à la maison. Quand tu reviens de concert, il y a une période de repos mais bien souvent il y a aussi des choses à finir rapidement. Donc dans la création pure et dure, oui je suis loin des studios, mais dans le travail autour du son non je suis en plein dedans. Il y a des choses à préparer pour la tournée.

 

La Stud : Perso, dans tes stories et dans ce que tu laisse voir de ton univers, on dirait que tu écoute que des vieux trucs !

Monomite : Ahahah ouais je vois ce que tu veux dire. J’écoute aussi pas mal de trucs récents. On donne l’image qu’on veut sur les réseaux. Je vais écouter du Drake et des trucs comme ça mais je me vois pas les poster. Puis, il y a ce délire un peu Indiana Jones : aller chercher dans les vieilles choses.
Pour les trois mecs que ça intéresse c’est cool en vrai. Des fois des gens viennent me voir pour me dire “T’as posté tel truc du coup j’ai écouté toute la disco. C’est un peu le délire DJ, si on peut faire vibrer les gens c’est cool.
Les vieux sons c’est souvent très riche. Regarde les interviews des ricains, ils citent tout le temps des vieux trucs. C’est une source d’inspiration ! Quand un artiste te donne cette impression de “frais”, tu peux trouver tout un courant derrière et plein d’inspirations.

 

La Stud : T’as des spots de dig secrets d’ailleurs ?

Monomite : Là tu touche un point sensible !
Un coin que je kiffe à Paris c’est Superfly Records.En vrai mec, partout où tu peux trouver des skeuds je vais y aller. Surtout là où on ne vend pas des skeuds à la base. Je pense notamment aux brocantes et particulièrement aux brocantes à 6h du matin en rentrant de soirée.
A Paris, j’habite en face de l’allée qui longe le parc des buttes chaumont. Il y a souvent des brocantes là-bas. Quand je rentre de soirée ou du taff à 5h du matin, je vois les camions qui s’installent. C’est le moment de tout rafler. Petit à petit tu te fais des contacts. D’abord les vendeurs du quartier puis les vendeurs pros. T’en connais et tu commences à tous les connaître. Les prix sont souvent en-dessous de l’Argus internet.
Généralement tu vois dès le premier affiché si ça va être cher ou non. Mais quand tu vois des prix mirobolant pour des choses qui le valent pas, c’est peut-être que le mec ne sait pas ce qu’il vend donc là ça peut devenir intéressant aussi.
Avec la tournée c’est fou aussi. Chaque ville j’essaie d’aller voir ce qui se fait. En Suisse, j’ai eu le temps de tourner, de quadriller tout ça. Qui vend quoi ?
Je m’amuse parfois à arriver dans les magasins et faire le mec hyper chaud pour que les mecs sortent un peu les bons disques. Des fois je pose direct billet sur table pour montrer que je suis prêt à acheter direct. J’essaie de faire lâcher un petit sourire et sortir le meilleur.
Faut aller aux puces de Clignancourt, aux puces de Montreuil même dans la rue. J’irai pas mettre les mains dans les poubelles, mais faut êtes aux aguets. J’ai déjà trouvé des cartons entiers. Les papis et mamies jettent souvent des disques. Les meilleurs c’est grands pères africains ou antillais, ils ont des trucs incroyables.
Pour revenir sur ce que tu disais sur la musique plus ancienne, dans les années 70’s par exemple en termes de mixage on prenait plus de libertés. C’est la période qui selon moi mixe le mieux la musique et l'ingénierie de studio.

 

 

La Stud : T’écoute beaucoup de Hip-Hop, Jazz, Funk et du Disco ?

Monomite : De ouf ! Pas mal de hip-hop surtout mais je me rends compte avec le temps que j’ai pas tant de refs que ça. Le domaine où j’ai le plus de refs c’est la Funk. C’est vraiment mon style principal.
Après c’est une question de période. Mon pote Neue Grafik m’a relancé dans le Jazz. Il part vivre à Londres. La scène anglaise est vraiment bouillante en ce moment. Je dis ça sachant que moi c’est la scène ricaine qui me parle le plus hein.
J’essaie vraiment d’écouter un max de choses, Rock, Punk, Métal, Jazz, Hip-hop, Funk...

 

La Stud : A ce qui se dit t’es un amoureux du synthé mais tu samples aussi ? T’attaques par quoi généralement ? Un sample peut créer l’âme d’un morceau chez toi ?

Monomite : Ouais je sample de ouf, je kiffe sampler mais de nos jours c’est devenu compliqué à cause des droits . Avec Bazz on a pas eu trop de soucis, mais si tu travailles avec des artistes plus gros, t’as toujours cette question en tête, “j’peux pas sampler un 16”, parce que c’est cramé, donc dans l’idée si t’as tout construit toi-même, c’est toujours mieux. A l’avenir, nous ce qu’on préfère avec Loubensky, c’est de créer des samples nous-même, et c’est ce qu’on vient faire naturellement. Tout simplement, des fois on fait des instrumentaux sans batterie,et on rajoute les drums après sur le sample. Franke Dukes est chaud en ce moment, il a bien repris le filon de faire des samples pour les filer à des prods après. Comme dans la tradition entre gros guillemets, des vinyles de Library music.

 


La Stud : Pour passer un peu au côté flatteur de l’interview. J’ai croisé Jazzy Bazz cet été et il me disait que tu étais un “Génie”. Parlons de ton travail avec lui. Tu travailles avec lui main dans la main voire “sur-mesure” ou tu lui fais un catalogue ?

Monomite : Ben écoute c’est marrant parce qu’en ce moment j’ai l’impression qu’on est un peu en train de changer de manière de travailler. En fait, à force de traîner avec des gars, y’a des prods qui se sont soit dans des sessions où on se dit “ok on se fait une semaine de prods”, soit sur une prod comme ça, j’ai un pote à côté qui l’entend et qui trouve ça bien, du coup on la taffe à partir de ce moment-là.
Lui, comme pas mal d’artistes et c’est normal, il a besoin d’être dans sa bulle, il veut prendre le temps d’être avec lui-même. Quand t’as beaucoup de monde en studio, ça fait pleins d’énergies et de personnalités différentes.
Donc des fois on travaille chacun de son côté, mais là en ce moment il se passe quelque chose de plus “instantané”.J’avoue que c’est ce que je préfère, quand tout se passe dans les premières minutes.

 

 

La Stud : “Nuit” est grand projet. Tu es à l’origine de beaucoup d’instrumentales. Pour beaucoup avec Loubensky. C’est une collab de toujours ça ?

Monomite : Avec Loub ? Ca fait un moment qu’on se côtoie. On a été amené à travailler ensemble plus intensément sur ce genre de projets là, parce que c’est dur aussi de s’attraper avec les potes pour se poser et travailler justement. Loub c’est un mec assez demandé, lui il a des trucs à faire à droite à gauche, et donc si on travaille pas c’est la dépression. Trop de taff ! Moi personnellement ça va, mais lui il est dur à attraper tu vois.
Sinon à part ça je joue aux jeux vidéos, donc c’est dur de se motiver (rires) !

 

La Stud : Grande Ville Studio, à priori c’est une longue histoire d’amour. Comment cela a commencé ?

Monomite : Alors moi à la base j’suis pas à l’origine du truc, moi je connais Martial aka Lonely Band, big up à lui.
Moi je voyais Grande Ville à l’ancienne, y’a peut-être - ans, je voyais le studio à l’Albatros à Montreuil à l’époque, et j’me disais “va-sy c’est cool, les gars ont l’air chaud”.
Et je dis à martial en rigolant “Comment on fait pour être dans le groupe ?”, et en fait sans vouloir vraiment taper l’incruste, et à force de traîner au studio, je posais des basses pour Jimmy Whoo, et j’ai laissé la prod des Chemins (ndlr : du morceau “Les Chemins, de Jazzy Bazz), et Martial a fait le plug entre moi et Ivan, et il se trouve qu’il habite dans mon quartier.
Donc au final de fil en aiguille on a fait “Les Chemins”, et vu que y’a eu une vibe, on a continué à créer ensemble.
Du coup ouais Grande Ville, j’suis arrivé à la fin du GV1 (ndlr : Grande Ville Vol. 1). Donc moi personnellement j’ai pas participé personnellement à en bâtir les murs. Dans la boucle des fondateurs, si je dis pas de bêtises, y’avait principalement Fox et Kezo. Kezo qui tient pas mal le studio aujourd’hui avec Fox, et donc qui tiennent le business de pas mal de rappeurs enregistrés.
Nous aujourd’hui on aime bien travailler de chez nous avec des set-ups particuliers, notamment Loub avec ses synthés à lui. Travailler dans son espace c’est différent tu vois.

 

 

La Stud : Et il y a quelques temps tu a débarqué sur un label à succès DKO record. Qu’est-ce qui est arrivé pour que tu signes des prods House comme ça ?

Monomite : Tout simplement parce que Mad Rey, c’est un soss. Ce gars-là je le kiffe, c’est vraiment un mec qui DIY de l’enfer, il a besoin de personne, il se démerde et il fait tout tout seul ! Du pressage au design, de A à Z !
Il traînait pas mal avec les gars de DKO parce qu’il faisait des trucs chez eux, et de fil en aiguille, Mézigue il a écouté une track à oam, et il me l’a demandée, et c’est pour ça que j’ai fini sur DKO. En vrai c’est à une époque où je faisais beaucoup de Monomite. Après, Bazz ça a pris pas mal de temps, et après j’me suis cherché. Là je pense être arrivé à un point où je peux assumer de sortir des trucs que j’ai envie de sortir. Comme au début quand j’en avais rien à foutre ! Après j’ai eu une période où je m’en foutais moins, mais en fait faut continuer à s’en foutre.

 

La Stud : “Space Time Body and Soul” c’était déjà plutôt House, tes releases sur VERTV aussi. Pour autant, tu cultives un univers tout autre ?  Tu vies ces élans artistiques spontanément ? (C’est peut-être lié aussi à des amitiés)

Monomite : VERTV en fait, c’est Neue Grafik, mon poto qui m’a aidé à finir le disque en vrai. Et c’est lui, Eva et hybu qui sont à l’origine de ce label, je ne sais pas si j’oublie quelqu’un mais je crois que le trio est là.
En fait, on traînait tous ensemble  à l’époque, c’était beaucoup d’humain, pas beaucoup de trucs en ligne, tu vois.
Y’a pleins de labels qui m’ont demandé des prod’s, et je faisais pas grand chose de mon côté, j’étais pas trop sûr de moi, donc je donnais rien finalement. Par exemple y’a local Talks qui m’a proposé un truc, mais au final je voulais pas sortir des prods juste pour les sortir. Pareil pour Money Sex Records, ils voulaient un truc, et j’avoue que je me suis chié dessus, parce que je plaçais leur bail à un niveau tellement haut, que je me chiais dessus, clairement (rires).
J’faisais des tracks et j’étais pas satisfait, j’trouvais que ce qu’ils faisaient était tellement au-dessus.

 

La Stud : En fait tu cultives beaucoup d’univers, tu fais ça de façon spontanée, ou c’est justement les rencontres qui te mènent là ?

 

Monomite : En fait j’fais de la musique parce que j’aime bien faire bouger la tête des potes, et bien sûr j’fais de la musique pour moi de manière libératrice, mais la faire pour moi c’est aussi la faire pour les autres tu vois. Et j’avoue moi ce qui m’a mis dans la House, c’est qu’un jour j’ai fait du Soundcloud j’ai sorti un beat qui s’appelait “A l’arrach’Beat” à l’ancienne, il doit être introuvable je pense. Et y’a Théo aka Rafiki de Beat X Changers, il est venu et m’a branché pour faire des mixs en mode “Papa, maman”, que des mixtape famille avec des morceaux qu’on kiffe, et ces mixs se sont transformés en EP. De là sont venus les EP d’X_One, le mien, et ceux des autres, avec des nouvelles venues aussi..
Donc en fait, Rafiki c’est un danseur de house, et lui il fait des soirées qui s’appellent Tap Water Jam, qui vient du fait que les danseurs en club ils boivent pas, du coup les patrons de club aiment pas trop les danseurs, qui boivent que l’eau du robinet.
Théo, c’est un bête de danseur, et il a pleins de contacts sur Paname, et à ses soirées y’a que des danseurs trop chauds. Donc du coup t’as envie de faire de la musique pour les enjailler eux quoi !  C’est une bonne raison pour se mettre à la House.
Mon pote X81 il avait déjà un pied dans la Techno, dans les musiques électroniques, moi aussi, mais la House c’était un nouveau truc, c’est enrichissant et stylé de s’y mettre !
Les mecs de 30 balais ils font ça depuis longtemps, et ça leur a plu de voir des jeunes venir faire de la House sans en avoir forcément les codes tu vois. Nous après on rentre dans les codes, et on essaie d’en ressortir.

 

 

C'est le moment des 10 questions de La Stud, pas de phrases, que du top of mind !

 

-Un artiste référence

WOWOWO  Bon là j’peux pas trouver un artiste référence comme ça. Ce que je peux faire c’est te donner les deux sons que j’écoute tous les jours en me levant. C’est presque devenu quelque chose d’autiste chez moi. Sous la douche j’écoute “Just One Knee Deep” de Georges Clinton et “Let me ride” de Sweet Chariot samplé par Dr Dre. Si je devais sortir un artiste, j’sais pas je dirai Georges Clinton ou Prince j’en sais rien c’est trop dur : JOKER

 

-La collaboration la plus improbable

Bernard Minet qui fait de la trap

 

-Un film

Wayne’s World

 

-Un super-héro

Schwarzenegger dans Last Action Hero

 

 

-Un album

Voodoo de D’angelo

 

-Une bière

Un truc très hipster : La IPA

 

-La femme de tes rêves

Je vais faire une connexion et dire Tia Carrere dans Wayne’s World

 

-Un club

Présentement c’est un club d’échec. Quand tu vas en club pour y jouer, y mixer  t’y va plus pour sortir. J’ai découvert les échecs très tardivement. Du coup en résidence d’artiste tout le monde me tuait. Donc j’ai décidé d’essayer de me battre.

 

-Un chauve

J’ai Barthez qui me vient à l’esprit, mais je veux pas dire ça en 98 j’ai pleuré j’étais pour le Brésil. Je suis pas fan de foot mais  à l’époque mon père me faisait aller aux cages et tout ahah.

 

-Une blague

LA RIGOLADE : C’est mon classique

 

Crédit photo : Marty Oddes