« On a fait le choix d’une programmation pointue » Olivier Kerdudo en Interview

26/05/2018

La Stud : Bonjour, alors tout d’abord est-ce que vous pouvez vous présenter, quel est votre poste au sein de l’équipe du Bon Air, depuis quand en faites-vous partie ? Quel est votre parcours avant cette aventure dans ce domaine ?

 

O.K : Je suis Olivier Kerdudo, programmateur du festival le Bon Air. Je bosse chez Bi:Pole, producteur de l'évenement chez qui je suis DA et booker depuis 5 ans maintenant. Par ailleurs je suis DJ (sous le pseudo l'Amateur) j'ai monté un collectif assez récent qui s'appelle Tropicold (que je me suis permis de programmer d'ailleurs en ouverture le samedi!) et sinon j'avais commnencé à programmer à l'époque collégialement avec mes potes de Aires Libres, puis plus étroitement avec Midi Festival sur les after électroniques Midi Night...

 

 

La Stud : Comment définiriez vous l’équipe qui se cache derrière un festival d’une telle ampleur ?

 

O.K : L'enthousiasme, l'échange et le sérieux. L'enthousiasme pour le pari d'une programmation osée, sans énorme tête d'affiche. L'échange parce que chacun peut donner son avis, par exemple notre ancien chargé de production m'a soufflé quelques noms auxquels j'avais pas pensé... L'équipe très féminine aussi nous avait incité à juste titre à programmer plus d'artistes féminines déjà l'an dernier, on a gardé le cap! Et le sérieux parce que ça taffe grave au sein de notre équipe d'une bonne dizaine de membres

 

 

La Stud : Justement, les femmes occupent une place majeure dans le line-up. Qu’est ce qui vous a poussé à faire ce choix ? Un manque de représentation aujourd’hui des artistes féminines ?

 

O.K : Ah oui je t'en parlais au sujet de l'émulsion au sein de l'équipe, cette volonté vient à la fois de collègues femmes qui revendiquaient à juste titre cette touche féminine.
J'avais aussi eu un déclic lors d'un débat sur la parité présenté par nos concurrents (mais amis) de Marsatac il y a trois ans. Et ma maman m'a bien éduqué là dessus aussi ! Bref, depuis deux ans (et donc avant l'effet #meetoo) c'est un de nos axes de programmation et j'en suis fier (sans en faire un argument marketing néanmoins...). L'an dernier c'était passé un peu inaperçu, cette année les journalistes m'en parlent à chaque interview, signe des temps... J'ajoute que ce n'est pas forcé comme démarche, en me focalisant sur des artistes filles j'en repère de plus en plus et j'ai de plus en plus d'envies et d'enthousiasme à les inviter.

 

OKO DJ

 

La Stud : La friche, un bel endroit, vous y êtes basé. Est-ce que l’on peut dire que ce lieu est ancré dans l’ADN du festival ?

 

O.K : Complétement, on a nos bureaux ici, on a commencé ici et on est fier d'avoir exploité certains endroits comme le Grand et Petit Plateaux pour la 1ere fois en format club. On adore le toit terrasse bien sûr. Cela nous permet aussi de faire un closing gratuit et destiné aux familles le dimanche.

 

 

 

La Stud : Et du coup, l’ADN du festival c’est quoi justement ?

 

O.K : Pour moi c'est l'exclusivité et la qualité, on va pas programmer un artiste qui remplit pour remplir... On a fait le choix d'une programmation pointue qui se concentre sur la House et la Techno, car on a en face de nous des festivals plus généralistes et qu'un événement de ce type n'existe pas vraiment à Marseille alors que la scène électronique remplit les salles à longueur d'année...

 

 

La Stud : Comment construit-on une programmation pareille entre artistes locaux et internationaux ?

 

O.K : Comme pour la présence féminine je fais gaffe à ne pas oublier la scène locale. l'an dernier on avait même associé certains collectifs comme Laboratoire des Possibles ou Metaphore dans le choix des têtes d'affiche. Là on a tenu à les associer aux artistes qui leur convienne totalement, par exemple je kiffe de voir les Extend & Play avant Larry Heard, je sais que pour eux c'est un rêve de fan voire un rêve de gosse !

 

 

La Stud : Une question qui nous laisse à chaque fois pensifs - Comment avez vous fait pour équilibrer les deux soirs ?

 

O.K : Là c'est un peu le "tétris" entre les disponibilités des artitstes, notre budget, les timings... On fait ce qu'on peut pour etre cohérent bien sûr mais si une logique apparait c'est un peu à posteriori je crois ahah

 

 

tropicold

 

La Stud : Est-ce qu’on peut dire que le Bon Air sert aussi de vitrine aux artistes Bi:Pole du coup ? C’était le but un peu ?

 

O.K : Oui et non car le catalogue est très éclectique avec du dub ou du rock. Alors on place quelques projets qui nous tiennent à coeur comme Oko DJ ou Malcolm mais on force pas le truc du tout.
La Stud : La time table est fait comment pour éviter que tout le monde soit au même moment au même endroit ?

 

O.K : Oui on joue là dessus car on est sur des salles à taille humaine et pas d'énormes hangars donc il faut que ce soit équilibré effectivement.

 

 

La Stud : Comment faites-vous pour attirer des pointures comme Dj Stingray ou Larry Heard sachant qu’on ne les voit que très peu dans la zone ?

 

O.K : C'est un pari encore une fois. Larry Heard, j'ai vu qu'il faisait quelques dates l'an dernier, ça m'avait étonné car le mec ne produisait quasiment plus et ne tournait pas depuis vingt ans. On a taté le terrain, on a vu qu'il préparait un LP et on a foncé. Mais j'étais pas sur de mon coup honnêtement, juste je l'ai vu il y a deux semaines aux Nuits Sonores et je vous promets que c'est mortel, ils chantent à fond avec son pote Mr White, on sent qu'ils sont heureux d'être là et de communiquer avec un public qu'ils découvrent enfin (et vice versa!)

 

 

La Stud : Qu’est ce qui fait peur quand on organise ce genre d’évent ?

 

O.K : Alors pas la pluie car ça a ambiancé tout le monde l'an dernier (bon ça a duré qu'un quart d'heure) et en excluant les vrais trucs dramatiques je dirais que ma crainte c'est que le public passe à côté d'un artiste comme Larry Heard pour revenir à lui, car c'est un mythe, il a littéralement inventé la deep house quand même! Cela m'est arrivé l'an dernier avec Egyptian Lover à midi Festival. Pour la première fois sur ce spot, c'était pas rempli et encore pire j'ai l'imppression que le public pigeait pas que le mec retournait tout en jouant ses tracks historique en passe passe avec une technique de ouf, sa TR808 par dessus et lui au micro, bref il est resté hyper généreux devant une salle à moitié vide et pas très enthousiaste, ça m'a hyper décu...

 

 

BPM
La Stud : Comment s’exporte le Bon Air ou comment voudriez vous qu’il s’exporte ?

 

O.K : On a commencé cette année avec une soirée préliminaire au Sucre chez nos amis des Nuits Sonores. Pourquoi pas Paris l'an prochain. Mais l'esprit du festival souffle aussi sur le projet BPM qui rassemble Metaphore, BFDM et Fils de Jacob, BPM ça va tourner un peu partout à Lyon, Paris notamment.

 

 

 

 

 

La Stud : Une petite question personnelle par rapport à des artistes que l’on connaît bien : est ce que Shlagga qui joue du Martin Dupont c’est une request du festival ou c’est l’artiste qui a proposé ce format ?

 

O.K : Alors hélas le projet a capoté mais honnêtement je ne sais plus si c'est une suggestion de ma part ou si c'est celle de Simon mais on était d'accord en tout cas ça c'est sûr
Questions Stud
Questions tac-o-tac, pas de phrases : top of mind !
-Un artiste référence

Prince

 

-La collaboration la plus improbable

Prince et Ophélie Winter

 

-Un film

La Classe américaine

 

-Un super-héro

Dr Marvel

 

-Un album

Sign O the times

 

-Une bière

Fraîche s'il vous plait

 

-La femme de vos rêves

la femme de mes raves

 

-Un club

Le Passe temps

 

-Un chauve qui vous a marqué

Judaah mon collègue de bureau

 

-Une blague

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