« On marche au coup de coeur » Alex et Mathieu : Programmateurs du Dour Festival

le deuxième soir du Festival Marsatac, nous avons la chance de rencontrer à domicile les programmateurs de l'emblématique Dour Festival.
Autour d'un café, nous avons demandé à Mathieu et Alex comment se gérait une telle machine, quelles étaient leurs motivations quand ils choisissaient un artiste et leur vision de la scène Belge.

La Stud : Bonjour. Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter ?

 

Alex Stevens : Bonjour, je suis Alex Stevens. Je m’occupe de la programmation du Dour festival et de toute la partie émergée de l’Iceberg avec la communication tout ça. On travaille aussi sur l’image du festival. On travaille le visuel l’artistique et aussi sur le choix des VJ’s par exemple.
Ici il y a Mathieu Fonsny mon collègue pour ce qui en est de la programmation.

 

 

La Stud : Vous travaillez ensemble depuis longtemps ?

 

Mathieu Fonsny : C’est la cinquième année, le temps passe très vite. Si tu veux historiquement, j’organisais des soirées à Liège notre ville d’origine. Alex m’a demandé de faire une scène sur le Dour puis chaque année on refaisait cette scène. C’était il y a onze ans, on partageait nos locaux où je m’occupais de mon label et mes soirées, et lui était dans sa mezzanine. De fil en aiguilles, j’ai rejoint l’équipe après un certain temps.

 

 

La Stud : Comment on se retrouve à la tête d’un festival comme Dour ?

 

Alex : Ça s’est passé assez naturellement; On a eu deux parcours différents avec Mathieu, mais ce qui est un peu similaire, c’est on tous les deux très passionnés de musique, on a l’envie de la partager. Au départ y avait une radio locale dans laquelle j’animais mon émission, j’avais 13 ou 14 ans, j’ai écrit un Webzine en 1998 pour partager mes coups de coeur (à l’époque c’était peu répandu), et alors j’ai proposé au fondateur de Dour mon aide pour créer son site internet, et puis on a commencé à discuter de la programmation, et puis il m’a naturellement demandé de l’assister alors que je poursuivais encore mes études, c’était en 2005. Petit à petit, j’ai commencé à faire des offres, de plus en plus, et puis lui s’est barré (il est devenu ministre en Belgique) (Rires).

Il m’a plus ou moins planté, et donc je me suis retrouvé à prendre sa place.

 


La Stud : D’ailleurs quand on programme plus de 200 artistes est-ce qu’on se limite ?

 

Alex : En soi, on a 12000 demandes par an, donc on doit en choisir 200 à partir de ça.
On a reçu 23 mille emails entre le moment où on a commencé la prod et le moment où on l’a finie, on a réussi à répondre à environ 13 000 Mathieu et moi, donc effectivement, il y a beaucoup de choses qui tournent, beaucoup de choix à faire.
Nous ce qu’on essaie de faire, c’est un certain équilibre entre les plus grands, les moyens et les petits groupes, entre le rock, le metal, le reggae, la techno, le hip hop, la drum n bass, etc.

Mathieu : Et aussi par rapport à la scène belge, que l’on essaie de programmer au maximum. Mais pour revenir à ta question: il y a deux ans, on faisait même jouer davantage de groupes, mais on se rend compte que quand il y a trop, 7 scènes, de 14h à 4h du matin, tu te perds un peu dans ta propre entreprise.

Alex : C’est sur oui, tellement de festivals restent sur une niche, un style de musical particulier, et c’est plus simple pour eux de communiquer, ils doivent dealer avec une seule cible, pour Dour l’idée c’est d’éviter de rendre le nouveau public confus mais c’est pas toujours simple.

Mathieu : Malgré ça on a quand même un public très fidèle, mais oui, on comprend que les non connaisseurs se perdent dans le flot d’artistes qu’on annonce sur notre flyer.  Notre crédo c’est de sensibiliser le public à de nouvelles choses, on a une relation de confiance avec lui désormais, et les nouveaux peuvent être attirés par une tête d’affiche mais restera pour la suite, l’ambiance etc.

 


La Stud : Ça arrive de faire du « politiquement correct » dans vos choix ?

 

Alex: Tous les choix sur notre production sont assumés, et la seule chose qui prime, c’est la qualité du show. On veut proposer du Live, on cherche pas à faire du Buzz ou du vendeur à tout prix, on veut des bons concerts, et si on a l’opportunité d’avoir un gros artiste qui sait ce qu’il/elle fait et produit un bon show, qu’on apprécie et qui rentre dans le programme, on fonce, peu importe le reste. Beaucoup de coups de coeurs, de discussion, quand t’as les poils qui se hérissent sur le bras, t’envoies direct un mail à l’agent et tu le fais, c’est tout.

Mathieu: Quelques jours après la fin de chaque édition, on se retrouve pour un grand débrief, pas vraiment en citant des noms, on repart d’une feuille blanche et on discute de l’an d’après. On pense d’abord à l’équilibre en terme d’ambiances, d’équilibre entre les jours, la fatigue des festivaliers, et on se concentre sur ça, la wish list vient plus tard.

 

 

La Stud : Comment vous trouvez ces artistes justement ? Vous êtes tout le temps en concert ?

 

Alex: On est au maximum sur le festival, on se permet de voir beaucoup d’artistes, de se fondre dans le public.

Mathieu: Oui et même généralement on fait beaucoup de concerts dans des bars et ailleurs, des petits festivals aussi, pour voir des groupes qu’on a pas eu l’occasion de voir. Il y a deux types de festivals: ceux basés sur la découverte et les autres où tu peux rattraper plein de groupes que t’as pas vu. Par exemple je suis allé à We Love Green, j’ai rattrapé tout d’un coup, tous les groupes que j’avais raté dans l’année à droite à gauche.
Puis après les festivals plus nichés, mais vu qu’on se doit de programmer tous styles, on a des gens qui nous conseillent, on va aussi avoir notre réseau et on essaie de s’y rendre un maximum, de se nourrir de nos discussions avec les gens qui ont vu des concerts proche de nous.

 

 

La Stud : Quels sont les artistes que vous estimez « prometteurs » dans le line-up ?

 

Mathieu: C’est difficile de lacher des noms particuliers, mais il y a toute cette scène rap belge que nous on apprécie beaucoup, Roméo Elvis nous disait en sortant de scène à Marsatac “l’an prochain pour vous à Dour on prépare un gros show”, donc il y a aussi un côté familial avec ces artistes belges.

Alex: Il est sorti de scène avec Lomepal on lui a dit qu’il avait tout défoncé, mais en fait au départ on a eu un souci avec les agents qui ne voulaient pas que l’un joue avant ou après l’autre donc on leur a simplement proposé de jouer ensemble, ils nous ont dit direct “On le fait pour vous avec plaisir les gars” donc show très original et ils jouent le jeu avec nous, et première choses qu’ils nous disent après c’est que ça sera encore plus gros à Dour l’année prochaine !

Mathieu: Y en a encore plein qui arrivent, Skitstoff, Krissy, le 77, Isha, L’or du commun, etc, une bonne dizaine de groupes avec qui on travaille depuis leur début. Niveau électronique aussi il y a Honey Dijon, qui joue de la disco, pour nous c’est un peu la nouvelle Black Madonna, dans cet esprit Four Tet, Jamie XX, et on voit que tout le monde s’excite à ses concerts, on l’a vue à Sonar, on a fait le maximum et on est très heureux de pouvoir l’accueillir, c’est ça qui fait la différence je trouve. On a aussi la scène du dimanche au labo, où on a essayé de mettre du Jazz, des nouvelles musiques world.

Alex: Après on marche au coup de coeur, donc si on dit tout ce qu’on aime on doit te revoir toute l’affiche ça prendrait des heures (rires) Les petits qu’on a pris c’est qu’on estime qu’ils sont prometteurs, sinon on ne les aurait pas pris.

Mathieu: Moi je suis fier d’avoir Booba, c’est rare en festival, donc je suis assez content, voilà. Il est pas dans le réseau de festivals, tu dois le convaincre, lui expliquer qu’il peut pas venir avec tous ses copains, qu’il faut cadrer un peu ça.

 

 

La Stud : Depuis quelques temps le rap belge jouit d’une grande exposition. Comment vous avez constaté cette évolution ?

 

Mathieu: Bien sûr, tu sais nous on vient de Liège, on est d’une époque qu’on appelle maintenant “l’age d’or”. On avait Star Flamme qui venait de chez nous donc on a été très vite pris dans le rap belge, pareil pour le motel qui fait de la Juke, et qui a aussi un projet solo. Moi je le suis depuis assez longtemps et c’est cool que ça explose comme ça.
Pour moi trois facteurs sont primordiaux dans l’essor du rap belge: ces gens se fédèrent, c’est plus en vase clos par ville, et puis ils ont compris qu’il faut pas se cloisonner dans le hip hop et puis on a par exemple Roméo Elvis qui se fait produire par le Motel qui est davant age Électronique, et c’est une confrontation des styles qui crée une sorte de Pop urbaine. Aussi, c’est des artistes qui savent gérer leur fanbase, sortir un disque et le promouvoir, et pour ça ils ont tout gagné, quand tu gères tous les maillons de la chaine t’es le roi du monde, et ils sont tous copains.

 

 

La Stud : Vous percevez la deuxième génération de rappeurs ? On a eu l’occasion de demander à certains artistes si ils se sentaient déjà poussé.

 

Mathieu : Pour nous Krisy ou Isha c’est déjà gros puisqu’ils peuvent remplir le Botanique. Juicy aussi a rempli trois fois l’AB club ce qui représente 900 tickets quand même.
Beaucoup de monde arrive, mais il faut savoir que quand on ouvre une telle brèche, tout le monde s’engouffre dedans. C’est la réflexion qu’on avait hier sur la scène française un peu indé intello où l’on retrouve par exemple Bagarre ou l’impératrice. Tout le monde se lance et il faut savoir discerner le bon du  mauvais.

Alex : C’est le même cas de figure à chaque mode en Belgique comme ailleurs. Il y a eu Justice il y a dix ans. Puis tous se sont dit “On va faire de la musique qui turbine”. Finalement ils sont monté très vite et redescendus à la même vitesse.

Mathieu : On peut prendre l’exemple de la French Touch aussi. Après Daft Punk tout le monde prenait un sample disco, filtrait et sortait un disque.

Alex : On a eu la New Beat en Belgique pour ça. Le nombre de bouses qui sont sorties c’est impressionnant !

Mathieu : Le schéma est toujours le même, il va bientôt y avoir une sélection naturelle et il ne restera que les bons.

 


10 questions de la Stud

 

Un artiste référence

Mathieu : Burial

Un album

Mathieu : Blood Sugar Sex Magic des Red Hot Chilli Peppers


La collaboration la plus improbable

Mathieu : Aerosmith et Run DMC

Alex : Larusso et B-real de Cypress Hill

 

Un film

Alex : C’est arrivé près de chez vous

Mathieu :  Princess Bride


Une bière

Mathieu : La Jupiler de Liège

Alex : La saison du pont


La femme de vos rêves

En choeur : La mienne


Un super héros

Mathieu : Batman


Un club

Mathieu : L’appolo à Bruxelles

 

Un chauve qui vous a marqué

Alex : On est à Marseille donc Zinedine Zidane


Une blague

Alex : Qu’est-ce qui est vert et au fond de l’eau ?
Un choux marin