Tapage Nocturne – « C’est une histoire de potes, simplement, qui aujourd’hui a bien grandi. »

 

Habituellement, l’équipe de La Stud attend l’été pour effectuer des déplacements en terre inconnue. Or, cette fois-ci, c’est sur une terre moins méconnue et hors période estivale que le déplacement se fait. Pour parler de musique électronique il est possible de se rendre un peu n’importe où, à n’importe quelle heure tant la tendance a dépassé la mode.

Nous avons décidé de faire un arrêt à Lyon où se déroule le 30 novembre 2018, le sixième anniversaire du collectif Tapage Nocturne, qui, une fois n’est pas coutume, va faire trembler le sol d’un Transbordeur plus qu’impatient. DJ AZF, 999999999, Istigkeit ou encore Countershades s’occuperont de bien faire honneur à la fête. C’est Florent Aguerra, co-fondateur du collectif qui se prête à cette séance de questions-réponses.

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C’est votre sixième anniversaire, comment s’est créée votre association il y a six ans ?

Florent: Très simplement au final. J’ai rencontré Victor, au lycée, qui connaissait Alex, déjà dans la nuit. Il nous a formé lors d’un stage trafiqué et, par ce stage, on a pu organiser le premier événement de l’asso’. On sortait beaucoup (vraiment) à l’époque, et c’est par l’envie de montrer les artistes qui pour nous avaient du sens qu’on a commencé. C’est une histoire de potes, simplement, qui aujourd’hui a bien grandi.

Combien de gens sont mobilisés pour faire tourner un collectif comme celui-ci ? De quels horizons vient chacun d’entre vous ?

Florent: Avec le turnover, aujourd’hui, des centaines… Rien qu’en bénévoles on est ultra nombreux. Bosser avec une asso, c’est adhérer à sa vision, à son taf. C’est participer à son histoire, ses mouvements. Faut croire qu’on raconte pas que des conneries ! Et nous concernant, on vient de milieux pas forcément aisés. Soit on se débrouille, soit personne le fera à notre place. Les moments les plus formateurs, ça reste les gamelles qu’on s’est prises. Quand tu sais que ça peut s’arrêter si tu foires, t’y mets du coeur et du temps.

Vous êtes un des acteurs majeurs de la nuit lyonnaise, et même française, en faisant venir pointures et coups de coeur, quel regard portez-vous sur la situation actuelle du monde de la musique électronique en France ?

Florent: Aujourd’hui, on organise aussi quelques petits événements à Madrid. Ca permet d’avoir un regard plus complet sur la situation de la scène en France, en voyant comment ça se passe chez les voisins. Clairement, notre scène est extraordinaire et n’arrête pas de grandir. Quelques études comme celles de Shotgun et la Sacem expliquent factuellement les choses, et sont intéressantes. Je discutais avec un agent d’une des plus grosses agences Techno Européenne qui me disait que Paris est la troisième ville qui sollicite le plus leurs artistes, après Berlin & Londres. Et Lyon, quasiment dix fois plus petite que Paris, est cinquième. Ca aussi, c’est incroyable. Le revers de la médaille, c’est qu’on voit aujourd’hui un phénomène de concentration. Beaucoup d’offre et de demande, mais moins de places pour les petits nouveaux. Ajoutez à ça les gros artistes qui ont des accords d’exclu’ avec les gros promoteurs ou festivals et les cachets qui explosent, et, effectivement, ça a jamais été aussi risqué que d’aller tenter des grosses capacités. Un phénomène d’uniformisation, surtout sur les gros événements, apparaît. Le travail que font des Positive Education (big up à eux pour leur dernière édition) ou des Monticule est à soutenir, c’est une prouesse par les temps qui courent.

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Y a-t-il un artiste que vous avez toujours voulu booker et qui n’a toujours pas joué sous votre bannière ?

Florent: Oulah, la liste est trop longue.

Vous vous exportez à Madrid pour partager votre musique à l’étranger, comment cette connexion s’est-elle faite ? Pourquoi Madrid ?

Florent: Ca part d’une histoire perso, simplement. L’envie de découvrir autre chose, de changer d’air, de trouver de l’inspiration. Puis en arrivant là, après en avoir parlé avec l’équipe, je me suis dit pourquoi pas essayer quelque chose… La scène est très différente ici, quand bien même Madrid se situe entre Lyon & Paris au niveau de son nombre d’habitants, la scène n’est pas très vigoureuse et frileuse des nouveaux talents, des artistes de demain. Le challenge n’est que plus grand, il y a énormément à faire ici. Puis c’est pas loin, et je peux revenir souvent à Lyon ou à Paris pour nos événements. C’est quand même ces moments-là qui sont la consécration de notre job.

Vous avez aussi une agence de booking “TN Agency” avec des artistes comme Thomas P. Heckmann, est-ce que, de nos jours, cela devient indispensable de diversifier ses activités pour se créer un réseau dans ce milieu ?

Florent: Si il y a bien une règle qui prévaut dans ce milieu, c’est qu’il n’y en a pas. Aucune recette magique, aucune notice. Mais de mon avis, c’est un plus, clairement !20180119 - Valentin Lecaille 1

Dans une ville comme Lyon, qui n’a rien à envier à Paris ou Marseille en termes de musique électronique, comment voyez-vous la concurrence locale ? Entretenez-vous de bons rapports avec une concurrence saine ou est-ce plutôt du “chacun pour soi” ? (sans forcément citer de noms)

Florent: La concurrence est saine à Lyon, clairement. Nous avons un agenda commun avec quasiment tous les promoteurs de la ville pour ne pas se marcher dessus, et l’entente est bon enfant. Si t’es cool, tout le monde est cool.

Vous avez atteint plus de 100.000 spectateurs sur cette période de six ans, quelle est votre vision sur le futur, comment vous voyez-vous fêter vos douze ans, où pensez-vous être ? On peut se permettre de faire des prédictions.

Florent: Ca aussi, j’en parlais avec un promoteur que j’estime beaucoup à Lyon. Je lui ai demandé où il se voyait dans deux ans je crois. Il m’a dit qu’il se projetait même pas dans deux mois aha. Promoteur d’événements dans les musiques électroniques, c’est un job où on re-mise sans cesse les deniers gagnés. C’est une tension permanente, et beaucoup de taf pour pas grand chose. La culture, en fait. On est motivés par la passion. Mais, oui, j’espère qu’on trouvera les plus belles manières de grandir et faire face à l’avenir de manière intelligente tout en conservant nos valeurs !

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