Techno Thriller – « La musique électronique est autant influencée par le rap que la musique punk »

Les connexions Marseille-Bruxelles se font de plus en plus facilement de nos jours. Deux pays, deux mentalités qui, aux premiers abords semblent si éloignés mais qui partagent une même passion. La musique et la musique électronique sans frontières en particulier. Lors du RIAM Festival nous avons eu la chance d’échanger avec le groupe Techno Thriller sur ce métissage sonore d’une intensité dépassant les limites de la normalité avant une performance live industrielle, punk et électronique.

On vous voit jouer ce soir au Meta, vous a déjà vu pour un Meta Live organisé par le collectif Champ Döner, vous venez de Bruxelles, les connexions se font de plus en plus entre le sud et le nord, comment s’est fait cette rencontre ?

Léo : A la base c’est Josué qui nous a réuni un peu

Hoel : Après nous on connaît bien les mecs de Simple Music qui habitaient là, du coup ça s’est fait comme ça. Depuis la première fois qu’on a joué ici on a rencontré pas mal de gens et c’est un plaisir de revenir. A Bruxelles on se connaît tous, pas mal d’artistes avaient déjà joué ici.

Est ce qu’il y a des endroits comme celui ci ailleurs en France ou en Europe pour vous ?

Léo : Ouais, les Labos à Rennes, c’est un squat qui existe depuis un petit moment

Hoel : C’est sûr mais il n’y a pas d’endroit qui t’accueille dans d’aussi bonnes conditions. Avec un aussi bon son, avec une qualité d’accueil qu’on a rarement trouvé ailleurs. Après dans l’esthétique on a déjà vu, mais ça faisait plus squat et pas club.

On se demande souvent comment les artistes choisissent le nom de leur morceau, c’est souvent facile quand on se retrouve face à une chanson à textes mais une track instrumentale c’est beaucoup plus dur, est-ce que vous avez une petite anecdote à nous raconter par rapport au naming d’un morceau ou juste votre façon de faire ?

Léo : Souvent de la blague en général. Sur le prochain album qu’on va faire par exemple, il y a un morceau qui s’appelle Enfant de Sodome, c’était quelqu’un qui m’avait injurié dans la rue et qui m’avait dit ça “Enfant de Sodome”. C’était un taré qui m’avait traité de sodomite et d’enfant de sodome… je me suis dit que ça ferait un bon nom d’album.

 

a4166913327_16

 

Est ce qu’il y a une vraie touche Belge / Bruxelloise dans l’électro, l’industrial d’aujourd’hui avec LostSoundBytes, Carrageenan ?

Hoel : C’est vraiment que des potes, je pense qu’on s’est pas mal auto-influencé. Aussi il y a ce rapport à la musique industrielle qui est très présent. La Belgique c’est un pays qui a un lourd passé techno et du coup c’est bien ancré dans la ville, dans la programmation des salles, dans la manière de découvrir les groupes. Nous on ne vient pas du tout de la musique électronique à la base, on vient du punk, black metal. Cette scène techno on y a été confrontés en arrivant à Bruxelles et ensuite on se l’est un peu tous appropriée à notre manière. Ca donne ce côté punk-industriel et techno.

Léo : Nous on vient de Rennes et moi de Bordeaux. Ca fait sept ans qu’on est à Bruxelles.

A un moment on pouvait dire que le public rock/punk et le public techno electro étaient bien différents, maintenant grâce à votre musique ils trouvent un point de chute commun, quelles ont été vos influences pour créer ce pont ?

Hoel : Déjà, je trouve qu’en Belgique justement il y a moins cette différence. Il n’y a pas de réelle frontière. Les gens écoutent autant de la techno, que du garage, que du punk. Tout se mélange un peu. On avait un groupe avant qui s’est fini, on voulait continuer à faire de la musique du coup on a fait ce truc hybride.

Léo : On était vachement intéressés par ce côté machines aussi. C’était un truc assez nouveau pour moi qui suis un musicien à la base. C’est un truc qui m’a fait kiffer du coup on l’a mis en pratique sur notre musique.

En allant autant à Anvers qu’à Bruxelles malgré les quelques kilomètres qui séparent les deux « capitales » dirons nous, on n’y retrouve pas les mêmes goûts musicaux et les mêmes événements, comment expliquez vous ces différences ?

Hoel : Les Flamands et les Wallons sont différents et leurs goûts sont différents. C’est très dur pour un groupe francophone de passer en Flandres et inversement pour les groupes flamands. C’est des circuits assez fermés en Belgique du coup ça influence forcément les goûts des gens. Aussi le statut de Bruxelles, en tant que capitale, fait qu’il y a peut être plus de mélanges, plus de brassage de cultures, une autre dynamique. Il y a beaucoup d’acteurs qui sont là depuis très longtemps, qui sont toujours là aujourd’hui et qui sont dans cette logique de ne pas mettre de barrières dans les styles.

Quand on voit des groupes comme Volition Immanent, comme Giant Swan ou comme vous en duo avec un micro à chanter très fort, gagner en notoriété et en succès, vous pensez que c’est votre style punk qui se démocratise ou qu’au contraire c’est les gens qui se radicalisent dans leurs goûts musicaux ?

Léo : Je pense qu’avec tous les médias et les formes de diffusion de la musique auxquelles on a accès, l’accessibilité aux moyens de production musicale, finalement c’est totalement dans la continuité de la musique punk. Faire de la musique avec du matériel qu’on a sous la main, pas cher. On essaye de dégager ça. Il y a de plus en plus un rôle important de la part du chant, c’est cool, et c’est surtout ce qui nous évite de tomber dans quelque chose de trop linéaire. Encore une fois grâce à internet les gens écoutent tout et ont l’occasion de tout écouter. La musique électronique, grâce à ça, est autant influencée par le rap, que par la musique punk.

On peut voir beaucoup de gravures de styles moyenâgeux dans vos illustrations, comment vous est venu cette passion ou ce goût pour ce style d’iconographie ?

Hoel : Je viens de la pleine campagne bretonne. C’est des paysages assez forts. C’est pas forcément féérique mais on s’imagine facilement comment c’était avant. Une nuance de brume, de petites églises perdues. C’est une région qu’a beaucoup de comptes, de croyances, un culte important autour de la mort. Je suis bien fan de l’esthétique black metal qui rejoint l’esthétique moyenâgeuse, la gravure et ce style médiéval sont des choses vers lesquelles j’ai voulu me tourner.

 

sans-titre-1

 

STUD QUESTIONS

Un artiste référence

Léo : Coil

Hoel : Coil

La collaboration la plus improbable

Léo : Merzbow et Cindy Lauper

Un film

Léo : L’invasion des profanateurs

Une bière

Léo : La Jupiler

Hoel : La Cara Pills

La femme de vos rêves

Léo : Scully

Hoel : Ouais Scully de X-Files

Un club

Léo : La Station à Paris

Hoel : On va pas dire le Meta quand même

Un chauve qui vous a marqué

Hoel : Lagaf’

Léo : Ce bon vieux Vincent Lagaf’