The World of Monnom Black [Album Review]

Cinq ans après la sortie l’EP « Dreamscape » par Dax J, le boss de Monnom Black remet les pendules à l’heure pour présenter la toute première compilation dudit label avec un casting à en faire pâlir les plus fins raveurs.

The World of Monnom Black a sonné le clairon et ses meilleurs soldats ont répondu à l’appel : Dax J évidemment, mais aussi Stranger ou encore I Hate Models. Le reste de la troupe réunit une belle brochette de producteurs pressentis à la signature, ou tout simplement des pépites issues d’univers bien plus Hard Techno. On en revient presque à oublier l’absence brillante de Remco Beekwilder ou encore des petits protégés du label comme Binny.

Au programme, des futurs classiques par Airod, ou UVB, des tracks gonflées à l’adrénaline proposées par Raffaele Attanasio, Drax (aka Thomas P. Heckmann) ou encore Dax J, et enfin des pépites du futur à l’image d’Inhalt Der Nacht.
Une compilation au ton sévère, qui vogue entre EBM, Raw Techno, Esprit Rave, et évidement Techno Industrielle.

 

[Album Review]
C’est donc le vétéran Stranger qui donne le ton ici ; son intro « Someone i know » nous fait basculer de plain-pied dans l’univers sombre de Monnom Black, annonçant la couleur d’entrée de jeu. Le producteur néerlandais nous gratifie d’une courte minute d’ambiance anxiogène provoquée par un synthé gras et un sample de voix qui nous rappelle à l’ordre à l’instant même où le cristal est posé.

 

C’est Thomas P. Heckmann, aka Drax, qui lance officiellement les festivités avec son morceau « Virtual Plane » : quatre accords tirés vers le pathos accueillent l’auditeur, pour mieux frapper derrière la nuque. Le morceau s’envole rapidement vers une passe d’armes entre une basse Acid et sa couverture synthétique dans les aigus, le tout porté par une fière allure de Techno d’autoroute, sans oublier de passer par la case des ponts breakés. On respire au moment de récupérer les quatre accords originels qui viennent se marier avec un morceau d’emblée affiché sous l’emblème de la Rave. On appréciera franchement l’inspiration électro qui transpire ci et là, couplée à un build Acid redoutable.

On enchaîne avec un premier guest que les plus acharnés d’entre nous seront ravis de trouver ici, à savoir le Dj & producteur parisien Airod. Le producteur hypnotique, hardcore et emphatique, déjà lancé sur les rails de son propre label Elixyr nous propose clairement un futur classique avec « Strange Mind ».
Il est fou de voir à quel point la simplicité peut parfois s’avérer la meilleure arme du producteur Techno ; un riff quasi-psychédélique, des ambiances marquées de respirations en bout de course, c’est un puissant build-up des percussions, sans concessions, qui viendra rapidement soulever toute la nation des Ravers du monde entier. Airod a bien révisé ses cours, et il se prête parfaitement au jeu de Monnom Black : les layers s’enchaînent dans la plus grande rigueur pour proposer un morceau terriblement efficace et clairement marqué par la griffe hardcore du producteur français.

Pas le temps de se reposer. C’est le patron qui reprend la danse. Et pas n’importe laquelle, celle des caves et des entrepôts désaffectés. Avec son morceau « Opressor », Dax J nous propose une démonstration de puissance avec un kick d’emblée très rond et marqué par le courant industriel. On entend un peu partout des samples tout à fait random, mais surtout un soulèvement sous-jacent d’une ligne Acid d’une rare violence. La Techno 4X4 des grands chemins a toujours de belles heures devant elle. Le lecteur francophone que vous devez très sûrement être aura vite remarqué, ou vécu la même hallucination auditive collective, ces voix qui semblent nous dire «J’ai pas le temps ». Merci pour l’oppression, boss, deux notes de synthé à contre-temps auront eu raison de nous. Du grand Dax J quoi.

Le prochain morceau est peut-être mon véritable coup de cœur de la compilation. L’activiste italien Raffaele Attanasio a repris le contrôle du booth, avec son morceau Gundam. La référence est on ne peut plus claire, et l’on est prévenu dès la première seconde du morceau qu’il s’agit d’un hommage Rave à la culture Mecha & Real Robot de l’animation japonaise. Pour ceux qui bavaient devant leur écran de télé à l’époque, Gundam est un des premiers mangas à traiter de l’intelligence artificielle et du thème des robots « quasi-humains ». Mais l’important pour nous réside tout de même dans la culture très 8-bit, et ultra-synthétique proposée dans ce morceau ; on se croirait clairement dans une partie de jeux vidéo mal embarquée face au Boss Final, qui tire des torpilles sur tout ce qui bouge, et qui est capable de mettre fin au combat en une seule attaque.
On est loin du thème d’ouverture dudit manga, léger et organique, on est plutôt dans le feu de l’action, et l’adolescent en moi se souvient des instants critiques passés à survivre à tout prix dans un jeu vidéo d’arcade, mais aussi des ambiances électro des années 2010.
« Gundam » est en définitive un véritable exutoire, une track puissante, toujours dans l’idée d’Autoroute promis par le registre, avec une atmosphère 8-bit et de duel des grands soirs devant la console. Le tout simplement saupoudrée par plus de 135 battements par minute et des percussions interminables.

Un album aussi « Droit au But » ne pouvait pas se faire sans l’intervention d’un compatriote marseillais. UVB reprend ses droits avec « I will always hate you ».
Le prodige de la Techno Industrielle envoie les mains là où il faut. Il ouvre son track avec un Kick qui donne des frissons, et des impressions sonores qui laissent chaque mesure en suspens, dans un esprit breaké et vrombissant bien résumé dans un format toujours si linéaire. Les percussions de ce morceau me rappellent clairement l’esprit de la track « Peder Skram » de Clouds pour Opal Tapes.
Les reprises viennent claquer et déboussoler tout danseur non-averti avec des build presque EBM qui appuie les seconds temps. Un contretemps exploité à merveille pour épicer le tout. Ce morceau propose en définitive une ambiance très coercitive, qui donne envie de se jeter dans la fosse pour rebondir sur les beats du maestro. On adore ce morceau pur, profond et puissant du génie phocéen.

Zanias est dans la place.
Cela faisait 6 morceaux que l’on avait plus le droit à une introduction en bonne et dûe et forme. Tout en ralentissant le rythme effréné auquel on s’habituait, la Djette donne le ton avec son morceau « Pleroma » en proposant des glitchs sonores et des kicks esseulés tout en résonance. Le morceau propose une danse hypnotique encore, avec des samples de voix ramenant aux premières heures de la Goa, dans un registre bien différent. Rapidement c’est un synthé acide qui vient guider nos pas dans logique toujours plus mécanique et progressive. Sur fond de rythme saccadé, on retient le leitmotiv « It’s hard to be a God », poussé par une progression Acide et des voix lancinantes, comme des âmes en peine.

En bon capitaine de navire, le Boss Dax reprend les manettes sur « Midnight Vigil ». Après un coup de pitch bien senti vers le haut, il revient poser un kick sec et saturé pour un morceau qui semble partir sur des bases moins violentes que « Oppressor ». Tout en légèreté, c’est une ligne Acid aux accents moins caverneux qui vient rythmer les reprises du rythme Rave imposé par le producteur britannique. Contrairement aux idées reçues, l’artiste insulaire sait très bien cuisiner ses plats ; des nappes de synthé pas très rassurantes, mais qui interviennent comme une respiration, qui s’entremêlent avec des ponts quelque peu breakés et soutenus par une ligne d’Acid Bass qui retentit sans concessions, 8 temps sur 8, tout au long de ce titre.

Le boss reprend sa casquette de chef de label pour faire place à l’homme derrière « A State of Control », l’EP sorti par I Hate Models sur Monnom Black.
Au programme, un rituel de larmes pleurées par des usines de guerre à plein régime. Un synthé très violent retentit comme une sirène, ou une tronçonneuse, on ne sait plus vraiment, et se laisse emporter par un morceau gonflé au kick et au rimshot, mais surtout mené par des percussions industrielles froides et métalliques.
Quelques notes de mélodie, puis c’est l’avalanche. Les pionniers du mouvement industriel doivent sûrement écouter ce morceau avec les yeux dans la vague, conquis et fiers des émules qu’ils ont pu faire en Europe, notamment en la personne de I Hate Models.
Toujours avec cette pointe mélodieuse empreinte de mélancolie que l’on ne présente plus chez le producteur français, I Hate Models offre un morceau plus brut de décoffrage que d’habitude, en usant de tous les codes de la Rave à sa portée. L’arpège électronique qui finit par sortir au détour d’une reprise agressive, vient déterrer des sensations oubliées depuis les années 2010. Redoutable.

Parmi les surprises de l’album, on retrouve le producteur Tommy Holohan avec son morceau Inter Dimensional Hardcore Business. L’homme avait fort à faire avec les êtres du Bulk, et sur fond d’Acid, il ramène cet opus de Monnom Black à une techno plus « Hammer », avec des kicks profonds et sourds, empreints de résonance, chose presque rare dans ce all-star Rave de l’enfer.
N’oubliez pas de passer faire l’essence avant de prendre l’autoroute avec Tommy Holohan, sinon vous ne tiendrez pas sur la longueur. On respire le temps d’un break agrémenté d’un sample de voix, qui permet à la ligne Acid de progresser en ouverture, elle-même soutenue par des nappes aigues et adoucissantes. Mais ce n’est qu’une étape comme une autre avant de reprendre la danse, à 100 à l’heure jusqu’au bout du morceau.

En parlant de musique à 100 à l’heure, c’est Inhalt der Nacht qui poursuit l’excursion dans le monde obscur du label. Le Dj allemand avait relancé la ferveur EBM mécanique, froide et implacable avec ses copains Peryl, ou encore Echoes of October. Cette nouvelle vague n’était pas passée inaperçue dans les colonnes de la Stud, et l’apparition du Dj allemand dans cette compilation est clairement une surprise bien accueillie, quoique pressentie.
Dans le morceau « Dosis », on est directement prévenu ; outre un build très industriel qui ouvre le bal, c’est rapidement une sirène terrifiante et une basse grondante qui prennent les rênes de la track. Ce sont donc sept minutes de martèlement et de fureur qui vous attendent, dans cet esprit EBM si apprécié chez cette nouvelle vague de producteurs allemands.

Cressida, ce n’est pas qu’un groupe de Funk des années 70. C’est aussi un Dj britannique d’origine suédoise qui sait cristalliser l’esprit Rave des années 90.
Sa track « Liquid Zoo » tombe complètement dans l’univers psychédélique de ladite période, et propose donc une excursion directement en enfer. Tout roule dans le monde obscur de Monnom Black, et tout roule très fort. On se donne rendez-vous à 6h du matin pour comprendre la définition du Zoo par Cressida.

C’est Opal qui prend la suite.
Le berlinois n’en finit plus de proposer des kicks industriels à en faire frémir MPIA3 de plaisir, avec une track extrêmement bien rythmée, autant dans la progression, que dans l’établissement des différentes couches du morceau.
Au programme, beaucoup de violence industrielle qui viendra rapidement se diluer dans une douce mélodie, cosmique et attachante. Cette touche mélodieuse, et presque House, est clairement la bienvenue au détour d’une compilation très dure, et dans un pur esprit Rave. Cette track bien plus hypnotique reste néanmoins une vitrine industrielle et Raw Techno, qui sait proposer des interludes tout en douceur. Tous à l’usine avec Opal.

C’est donc à Gaja qu’est accordé le privilège de conclure un voyage dans les abysses de Monnom Black.
Sa Techno dure retentit dès la première seconde, et surtout c’est la première fois que l’on entend des cowbells dans cette compilation, chose rare dans le registre.
Mais c’est cette structure rythmique qui va pousser l’auditeur à méditer en son for intérieur, via des impressions sonores envoûtantes et omniprésentes. Cette prise d’otage Techno impulse un véritable esprit de fin de soirée, avec l’aspect emphatique et surdimensionné qui est donné à ce morceau.
Au bout de 5 minutes, lorsque le volume baisse vers la fin de cet album, on aurait presque envie d’entendre encore résonner les cowbells de Gaja, et de continuer de danser, au rythme de Monnom Black.

 

En définitive, cette compilation est une véritable monstruosité de Techno « Autoroute », avec des tracks dans la tradition linéaire la plus stricte, comme pour invoquer l’esprit de la Rave et des free parties qui n’en finissent plus. A l’heure du passage à la mode de l’EBM, la transition transpire tout au long de la compilation, et l’esprit industriel et Acid prévaut partout.
N’importe quel Dj armé de ce disque sait qu’il a dans sa besace une arme pour soulever les foules.
Good job boss Dax.