Wooden Shjips, la distortion altérante

19/09/2018

L’été se finit, on peut se donner toutes les raisons du monde, il touche à sa fin. Mais un peu de rock psyché peut raviver la flamme estivale, du moins nous rappeler les longs après-midis passés dans nos calanques nationales.
Ce rock nous vient d’Amérique et plus précisément de San Francisco du groupe Wooden Shjips (à prononcer « Ships »). La formation californienne de rock alternatif est composée de quatre pros, Omar Ahsanuddin, Dusty Jermier, Nash Whalen et Ripley Johnson. Ils représentent de longue haleine le mouvement psyché rock contemporain, caractérisé de « rock psyché de l’espace » par The Observer en 2010, mijotant correctement le côté expérimental sur lequel ils s’appuient. On trouve dans leurs influences des piliers du psyché et de l’expérimental, allant de Spacemen 3, The Doors ou encore The Velvet Underground. Ils officient dans le rock game depuis 2006.

 

Ils sont actuellement à la tête de cinq albums studios, de deux compilations et d’une dizaine d’EP’s. Précédemment sur le label Holy Mountain, c’est désormais sur Thrill Jockey, un label américain sur lequel on retrouve Alexander Tucker et BEAST, que les californiens ont sorti leur dernier et cinquième album, V, le 25 mai dernier.

 

C’est en été 2017 que le groupe compose et enregistre V comme un antidote contre l’anxiété politique et naturelle. Au même moment, des incendies ravagent la Californie laissant Ripley Johnson bouche bée devant les chutes de cendres qu’il admire chaque soir sous son porche. Il voit cet album comme une “baume contre le bruit et la négativité”.
Une pochette très colorée, une typographie assez Hippie, des arbres, un soleil orangé éclatant dans un ciel bleu, de mystérieuses formes pourtant familières, bienvenue dans un univers plongée dans le Peace and Love, le paradis des Wooden Shjips.

 

Il est composé de 7 tracks dégageant toutes une summer vibe qui a pour seule mission de relaxer nos tympans. Le LP commence par une éclipse, si bien musicale que littéraire, attribuée comme nom au premier morceau. Un rythme modéré, caisse claire et couronne de cymbalettes sur chaque temps, une voix se dessine et laisse transcrire un doux message sur une ligne de guitare assez statique. L’image de l’éclipse pour bien débuter l’album prend forme sur des notes très volatiles appuyées par de la reverb et du delay (beaucoup même).

Dans In The Fall, c’est un rythme plus simple, une basse évolutive assez électronique laissant place à la plus sensuelle des improvisations à travers la guitare de Ripley Johnson ,à coup de grosse reverb, sur un beat plutôt répétitif et des effets ressemblant à des chimes distordus en fin de phrases. Redline reprend un rythme effréné sur une ligne de synthé redondante, sur laquelle plusieurs riffs et leurs échos s’entremêlent. Le side chain apporte la couleur qu’on cherche sur la main de de la pochette (un des seuls éléments resté bicolore) tandis que le vocal toujours aussi rêveur vient glisser sur les autres pistes du morceau.

 

On continue ensuite sur Already Gone, passage obligé par l’ode à l’amour perdu. On retrouve le même type de track que les précédentes, sur des lyrics plus profondes et assurées.

Le vidéoclip nous emmène sur le vélo de Ripley jusqu’au shop de musique local où s’enchaîne le morceau avec Omar, Dusty et Nash. C’est en regardant le soleil que vient Staring At The
Sun. On apprécie le côté spatial adopté par la basse pour cette track, plus calme et de retour sur une musique aérienne. Golden Flower a quelques peu des airs de blues rock texan à la ZZ Top ou Seasick Steve (les gars en ont tout l’air aussi) avec une mélodie principale jouée à la gratte se confondant avec un harmonica sur certaines phrases. La dernière carte de V se joue sur Ride On. Une atmosphère plus détendue, des accords plaqués au piano, puis à l’orgue sur un rythme plus lent et du fuzz ajoutant de la texture et soutenant le message délivré par Ripley et sa bande.

La recette psyché like est là, des riffs de guitare planants, une basse envoûtante, un soupçon d’improvisation, de la reverb et du delay mais surtout un bon message rempli d’amour.
L’album, de l’Eclipse à la Ride fait renaître la fleur du Summer Of Love, ayant marqué l’année 67 et nous plonge dans l’univers psychédélique pour quelques jours d’été de plus.